Bataille de Gazala, Le triomphe de Rommel

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En 1940, Mussolini a déclaré la guerre à la Grande-Bretagne. Depuis la Libye, colonie italienne, ses troupes se sont élancées en direction d’Alexandrie au mois de septembre. Mais, rapidement, en raison de l’incompétence de ses généraux et de problèmes logistiques, l’armée italienne est presque anéantie.

Le désastre semble inévitable, et Hitler décide de venir en aide à son allié italien. En février 1941, le brillant général de panzers Erwin Rommel débarque à Tripoli, bientôt rejoint par plusieurs divisions allemandes qui vont former le célèbre Afrikakorps. Rommel reprend l’offensive. Au printemps 1941, il assiège Tobrouk — en vain. Il doit se replier en Cyrénaïque après le succès britannique de l’opération Crusader, à la fin de l’année 1941. Mais, au printemps 1942, le « Renard du désert » est bien décidé à mener la bataille décisive. Elle va avoir lieu à Gazala. Depuis le début de 1942, les adversaires campent sur leurs positions. Alors que sa hiérarchie lui ordonne la prudence, Rommel souhaite reprendre l’offensive mais veut, pour cela, attendre de disposer des réserves en hommes et en matériel nécessaires pour atteindre son but : le canal de Suez, dont la perte aurait des conséquences politiques et militaires dramatiques pour les Britanniques. Ces derniers, quant à eux, craignent surtout que les Allemands préparent une attaque contre Malte : leur aviation mène la vie dure aux convois italiens à destination de la Libye et protège les navires alliés des agressions. Churchill demande donc à Auchinleck, commandant les troupes en Afrique du Nord, de se montrer plus agressif. Mais « Auk » préfère rester sur la défensive, pour les mêmes raisons que Rommel : le manque de réserves et de matériel. Néanmoins, à la mi-mai, Rommel comme Auchinleck se préparent tous deux à l’offensive, le premier, de sa propre initiative, le second, poussé par sa hiérarchie.

La bataille se prépare

Les Britanniques disposent de près de 100000 hommes de la 7e armée du général Ritchie, appuyés par un peu plus de 800 chars, de modèles variés : Matilda, Valentine et Crusader britanniques. Grant et Stuart américains, allant du char lourd au char léger. La RAF dispose d’une aviation peu nombreuse : un peu plus de 300 appareils, dont moins de 200 sont en état de voler. Les troupes sont déployées sur la « ligne de Gazala », ligne fortifiée qui s’étend des rives de la Méditerranée à un ancien fort méhariste transformé en point d’appui et occupé par a l’ brigade française libre : Bir Hakeim.bir_hakeim

Dans le désert, il n’est évidemment pas possible de créer un réseau monolithique de tranchées ou de fortifications. Les unités sont donc déployées dans des «boxes », des points d’appui, abritant généralement l’équivalent d’une brigade. La ligne s’étend donc sur près de 70 km, protégée par de nombreux champs de mines. Mais cette ligne de défense, en apparence formidable, a quelques défauts, qui n’ont pas échappé à Rommel. Le premier est que, une fois les champs de ni Mes franchis, il est possible pour un assaillant de se glisser entre les « boxes » et de les isoler. Le deuxième est que, dans le Sud, ces « boxes » sont un peu trop écartés et que le plus important d’entre eux, qui gardent le flanc de toute la ligne, celui de Bir Hakeim, est particulièrement exposé. Le troisième est le manque de munitions de ces « boxes », qui, isolés, pourraient bien se trouver rapidement réduits au silence. Le quatrième est qu’il est facile de contourner toute la ligne au sud.

Pour son attaque, Rommel dispose de près de 90000 hommes et de presque 600 chars, dont les trois cinquièmes sont allemands et les autres italiens (et de moins bonne qualité), ainsi que de 500 avions, dont un bon nombre de bombardiers.

Une feinte et un mouvement tournant

Dans l’après-midi du 26 mai, Rommel lance son attaque, qui commence par une feinte au nord, sur la mute qui longe la côte : utilisant tous les véhicules disponibles, il leur fait traîner des débris divers dans le sable afin de soulever d’importants nuages de poussière, qui signalent généralement le mouvement de formations blindées dans le désert. Tandis que ces troupes amusent la galerie, le général allemand lance, en fin de journée et à la faveur de la nuit, ses troupes blindées d’élite en direction du sud, afin de tourner la ligne de Gazala. L’idée de Rommel est de ne pas attaquer directement la ligne mais au contraire de contourner Bir Hakeim très au sud, puis de remonter vers le nord, afin de prendre les troupes alliées dans une nasse. Le plan fonctionne à la perfection : le contournement est effectué et les «boxes » sont ensuite contournés et isolés. Rommel laisse à son infanterie le soin de les réduire, tandis que ses divisions blindées s’enfoncent dans le dispositif britannique.Bataille de Gazala

Mais 2 faits viennent bouleverser ce plan remarquable. Le premier est que les blindés de Rommel ont, paradoxalement, progressé trop vite et que le ravitaillement en carburant ne suit pas. Dès le 28 mai, les Allemands doivent s’arrêter pour attendre que l’essence leur arrive. Il leur faut en effet faire face aux réserves blindées anglaises, situées en deuxième rideau défensif, et qui vendent d’autant plus chèrement leur peau qu’elles sont, elles, proches de leurs réserves de carburant et peuvent se mouvoir plus facilement.

Auchinleck est vaincu

Le second imprévu est la résistance inattendue de certains points d’appui, dont celui tenu par les Français à Bir Hakeim. C’est la première fois que des Français libres font face à des Allemands, et ils sont bien décidés à ne pas se laisser submerger.Auchinleck

La bataille bascule avec la reddition du « box » de Got el Oualeb, au nord de Bir Hakeim, le I el juin. Les Allemands disposent à présent d’un espace suffisamment large pour y faire pénétrer du ravitaillement. Auchinleck n’a pas d’autre choix que d’ordonner un repli général vers Alexandrie, en établissant un périmètre défensif autour de Tobrouk, qui tombe pourtant presque sans coup férir, le 21 juin. Entre-temps, Ies Français, grâce à une résistance héroïque, ont immobilisé de très nombreuses forces jusqu’au IO juin, moment où ils ont reçu l’ordre d’évacuer leur position, sauvant sans doute la 7e armée de la plus complète destruction.

La détestable réputation des soldats italiens

Depuis La Première Guerre mondiale, les troupes italiennes n’ont pas bonne presse et sont sans cesse moquées pour leur tendance à capituler en masse et leurs médiocres capacités combatives. Pourtant, le général Rommel faisait confiance aux soldats italiens, qu’il tenait pour très braves. Il se méfiait en revanche des généraux italiens, qu’il considérait comme incompétents.

La bataille de Gazala se solde donc par une grande victoire des troupes de l’Axe. Le port stratégique de Tobrouk, que les Anglais tenaient depuis janvier 1941, est tombé aux mains de Rommel, qui s’empare de 2000 tonnes de carburant de 5 000 tonnes de matériel et de près de 2 000 véhicules, ainsi que de plus de 30000 prisonniers, Pour cet exploit, il est nommé feld-maréchal, par Hitler. Mais la victoire de Gazala est en trompe l’œil. Churchill est aussi abasourdi que furieux. IL limoge Auchinleck, qui est remplacé par Montgomery.

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