Histoire
Valmy la naissance d’une armée nationale

Valmy la naissance d’une armée nationale

Certains qualifient la bataille de Valmy de simple engagement d’artillerie. Le fameux moulin n’en demeure pas moins le symbole d’une mobilisation nouvelle : celle des citoyens. Il s’agissait de défendre une Révolution qui était dans sa prime jeunesse. Et le peuple a répondu à l’appel C’est du moins ce que l’histoire en a retenu, faisant sans doute de Valmy le premier symbole d’une nation engagée dans sa défense.

De cette bataille du 20 septembre 1792 (jour où la Convention se substituait à la Législative), « l’idée de manœuvre », comme l’on disait (le dit-on encore ?) dans les pelotons d’élèves officiers, revient au commandant de l’armée du Centre, celui que les Flamands nommaient « hleyn mannehe » (petit bout d’homme) : le général Dumouriez. Bon manœuvrier, il tenait l’Argonne, « les Thermopyles de la France, sans parvenir cependant, faute de troupes, à en barrer tous les défilés, mais il professait une idée simple : que le général Beurnonville, commandant de l’armée du Nord, et le général Kellermann, de celle de l’Est, le rejoignent. Les trois généraux au coude-à-coude viendraient à bout de l’ennemi prussien et autrichien, auquel s’étaient ralliés quelques émigrés français, qu’ils méprisaient. Mais les deux autres chefs d’armée ne se souciaient guère de rejoindre leur collègue, lequel ne parvenait pas non plus à convertir à son idée le ministre de la Guerre et ses bureaux.

Amasser des troupes au coude-à-coude

 C’est là qu’intervint le commissaire des guerres du camp de Châlons, le maréchal de camp Choderlos de Laclos – plus connu comme auteur des Liaisons dangereuses -, tout récemment nommé. Il avait d’abord pensé, prévoyant la rupture du front, organiser la défense de Paris sur la Marne, mais, caractéristique d’un grand chef, il savait reconnaître la supériorité d’une conception contraire. Abandonnant son idée première, il se rallia au plan de Dumouriez et se mit à, le seconder de toutes ses forces, sur le plan des renforts, lui envoyant toutes les troupes dont il pouvait disposer, et sur celui du commandement.

Or, de ce côté, une seule autorité, bien que démonétisée, pouvait encore être utilisée. Celle du généralissime siégeant à Châlons, le vieux maréchal Luckner, hésitant et un peu gâteux, à qui Laclos, qui sans doute tenait sa plume, fit adresser à Kellermann l’ordre d’aller avec ses 50 000 hommes au camp de Sainte-Menehould se porter aux côtés de Dumouriez qui – sachant avant Bonaparte gagner les batailles grâce aux jambes des soldats – n’avait pas hésité à renverser les positions. Laissant ouverte la route de Paris, il s’était placé derrière l’ennemi, coupant ses communications : coup de poker, qui réussira lors de la bataille, à la veille de laquelle Beurnonville vint rejoindre les deux généraux. Ainsi allait se dérouler, près des bords de l’Aisne et autour du célèbre moulin de Valmy (reconstruit plusieurs fois depuis) cette action dont Laclos avait été l’organisateur. Les Français battus, la route de Paris était ouverte, les émigrés rentraient en masse, la Révolution était écrasée.

La victoire des Gribeauval

valmy_1792Brunswick, général en chef prussien, voulait monter une belle manœuvre stratégique : le roi de Prusse, présent et impatient, le contraignit à attaquer de front, et les Français résistèrent au cri de Kellermann, « vive la Nation ». La bataille qui dura de 7 à 8 heures ne se réduisit pas, comme on l’a trop dit, à un simple duel d’artillerie : il y eut des engagements du côté de Kellermann, du général de Valence et du « général Chartres », c’est-à-dire le jeune Louis-Philippe. Néanmoins, ce furent les canons français, les célèbres Gribeauval au début de leur carrière, qui, prenant l’ennemi en enfilade, décidèrent du sort de la journée. Le soir venu, les Prussiens se retirèrent sous la pluie. Il resta sur le terrain environ 500 cadavres des deux camps.

Un accord entre chefs de bonne compagnie

Incontestable victoire française, mais dont on a souvent mal séparé deux phases bien distinctes : la bataille elle-même, indiscutable succès plus psychologique que stratégique, et la retraite de l’ennemi, vraisemblablement négociée les jours suivants avec Brunswick. L’armée prussienne, loin de ses bases, impressionnée par la puissance de feu de l’artillerie française, était d’autant plus démoralisée qu’elle souffrait de dysenterie : les grenadiers prussiens, a-t-on dit, avaient abusé des raisins encore verts de Champagne. Et les chefs hésitaient aussi : le roi de Prusse voulait garder les mains libres pour un nouveau partage de la Pologne, et Brunswick, franc-maçon, n’avait plus guère envie d’affronter Dumouriez, autre maçon, qui, rêvant déjà de jouer les Monk, préférait ménager un ennemi qu’il n’était pas certain de pouvoir reconduire l’épée dans les reins. En effet, l’armée révolutionnaire, composée pour partie de vieux soldats de l’Ancien Régime et pour autre partie de volontaires de 1791, était ardente et pleine de courage, mais n’aurait peut-être pas supporté une campagne lente et méthodique. L’accord se fit vite entre chefs de bonne compagnie, et il ne semble pas nécessaire, comme on l’a parfois prétendu, de faire intervenir dans l’histoire le cadeau à Brunswick de certains joyaux de la couronne, récupérée après le cambriolage du garde-meuble. Ce qui n’exclut pas le « pourboire substantiel » que certains ont supposé. Ni le ministère français ni les états-majors prussien et autrichiens n’attachèrent une importance exagérée à ce fait d’armes épisodique d’une guerre de mouvement. Celui qui comprit toute l’importance de la journée fut un témoin, civil de surcroît : le jeune Goethe. Il déclara : « D’ici et d’aujourd’hui date une époque nouvelle de l’Histoire universelle. » Effectivement, les soldats de Valmy allaient, durant vingt ans, conquérir l’Europe.

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