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Elizabeth Bathory, la Comtesse sanglante

Elizabeth Bathory, la Comtesse sanglante

Depuis le XVIIe siècle, la légende de la comtesse avide de sang a inspiré des générations de conteurs, d’écrivains et de cinéastes comme elle a hanté les cauchemars de générations d’enfants hongrois. Personnage récurrent des histoires de vampires, profondément ancrées dans la culture populaire d’Europe centrale, elle serait obnubilée par la jeunesse éternelle et prendrait des bains du sang de ses victimes. La Comtesse sanglante a bel et bien existé, Il s’agit d’Elizabeth Bathory, figure de la haute noblesse hongroise et coupable d’une série de crimes d’une monstruosité sans égale. Le nombre exact des jeunes filles qu’elle a torturées et assassinées entre 1585 et 1610 reste indéterminé.

Née dans la province de Nyirbator, en Hongrie, le 7 août 1560, Elizabeth est la fille de George Bathory et la nièce par sa mère de Stefan Bathory, roi de Pologne et duc de Transylvanie. Son mari est Ferenc Nadasdy, comte de la province de Sarvar. Lorsque celui-ci part en guerre contre les Ottomans, en 1578, elle gouverne le pays avec fermeté et justice ; veuve en 1604, elle intervient en faveur de femmes destituées dont les maris ont été faits prisonniers par les Ottomans, suscitant le respect de ses sujets. Mais, bientôt, de terrifiantes rumeurs circulent. Entre 1602 et 1604, un ministre du culte luthérien, Istvan Magyari, rapporte à la cour de Vienne les agissements meurtriers de la comtesse. La réaction du pouvoir central se fait attendre : la situation politique et militaire du royaume, sous la menace des armées ottomanes, éclipse la plainte. Finalement, en 1610, devant l’insistance du religieux, le roi Matthias 11 envoie le comte palatin de Hongrie Gyorgy Thurzo pour mener l’enquête. Deux notables lui sont assignés afin de recueillir les preuves. Jusqu’en 1611, ils collectent plus de 300 témoignages émanant de prêtres, de nobles et de paysans, mais aussi du personnel du château.

De surprenants témoignages

Certains prétendent avoir perdu un membre de leur famille, d’autres avoir décelé des traces de torture sur certains corps avant leur enterrement. Deux officiers de la Cour, Benedikt Deseo et Jakob Szilvassy, affirment avoir vu de leurs yeux la comtesse torturer et assassiner des jeunes femmes avec la complicité de quelques-uns de ses valets. Les disparues sont des adolescentes, filles de paysans locaux attirées par la promesse d’un emploi de servante au château ; il s’agit également de filles de la petite noblesse envoyées par leur famille pour apprendre les usages de la Cour, et qui tombent entre les griffes de la comtesse. À leur arrivée dans l’enceinte du château, les victimes sont enfermées avant de subir les pires sévices. La liste des atrocités est longue : elles sont battues, abusées sexuellement, frigorifiées, affamées, mutilées, défigurées, transpercées d’aiguilles, brûlées vives… Les séances de torture n’ont pas lieu qu’au château de Csejte, ni même exclusivement dans la province de Sarvar : partout où la comtesse passe, que ce soit à Nemeskeresztur, Bratislava ou même Vienne, où elle séjourne parfois, des meurtres effroyables sont signalés.

Un contexte politique perturbé

 La légende noire de la comtesse Bathory est en marche. Les spéculations les plus folles font état de 650 filles tuées. Les plus raisonnables, celles notamment du personnel du château de Csejte, évaluent à une cinquantaine le nombre des victimes. La Hongrie est alors en proie à des conflits internes, et les défenseurs de la comtesse dénoncent une conspiration politique. L’extension de la domination des Habsbourg sur le pays cause en effet d’importants troubles civils et religieux. Noble protestante influente, Elizabeth Bathory appartient au parti opposé à la dynastie des Habsbourg, de tradition catholique. Dans ce contexte instable, Thurzo estime qu’une condamnation publique serait un mauvais signal, car elle entraînerait la disgrâce d’une dynastie régnant depuis des générations sur la Transylvanie. De plus, les possessions de la comtesse reviendraient à la Couronne hongroise, ce qui serait considéré par la population comme une spoliation. Il est finalement décidé qu’Elizabeth sera placée en résidence surveillée. Mais le roi Matthias II réclame sa tête : ses créances envers la comtesse Bathory sont importantes, et il travaille en secret à son élimination.

La comtesse enfermée dans son château

 Thurzo se rend au château de Csejte le 30 décembre 1610. Il procède à l’arrestation de la comtesse Bathory et de quatre de ses servants, complices présumés : Dorotya Semtesz, Ilona Jo, Katainka Benicka et Janos Ujvary. Pénétrant clans le donjon, il découvre une jeune fille agonisant entre les cadavres ; plus loin, une autre paraît blessée, tandis que d’autres, depuis leurs cellules, appellent à l’aide. Le roi, impatient de voir sa rivale tomber, presse Thurzo d’organiser le procès. Mais, politicien habile, celui-ci parvient à le convaincre que la vérité écornerait l’image de toute la noblesse. Seuls les servants de Bathory sont traînés devant un tribunal royal, le 7 janvier 1611 à Bittse, et déclarés coupables : ils sont condamnés à l’emprisonnement à vie pour Benicka, à une mort immédiate pour Semtesz, Jo et Ujvary. Sur l’échafaud, ils ont les doigts coupés puis sont décapités avant d’être brûlés. Peu après, une potence rouge est dressée près du château pour signifier que justice a été rendue. Mais la meurtrière est toujours en vie ; emmurée dans une tour de son château, la comtesse Bathory survit seule pendant quatre longues années, à l’abri des regards, jusqu’à sa mort, le 21 août 1614.

Elizabeth Bathory a échappé à un procès public déshonorant du fait de son appartenance à la haute noblesse. Sa légende, de peu postérieure à sa mort, la présente comme une buveuse de sang. Terrorisés à l’idée de côtoyer la dépouille de celle qu’ils nomment « la tigresse de Csejte », les villageois demandent que son corps soit transféré dans la crypte familiale des Bathory, au château d’Ecsed. Au-delà de la légende qui entoure la noirceur de son âme et son origine surnaturelle, Elizabeth Bathory, avec une cinquantaine de victimes avérées, est la tueuse en série la plus prolifique de l’histoire.

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