Rommel et le débarquement de Normandie

41

Après une carrière militaire exemplaire, des campagnes en Afrique du Nord et en Italie, le maréchal Rommel compromet gravement l’efficacité de la réaction allemande face au débarquement allié. Comment ce maître de la stratégie a-t-il pu commettre une telle erreur le jour « J » ?

Manfred chéri par ses parents

Né en 1891, Erwin Rommel effectue une carrière militaire. Il est versé à l’école militaire de Dantzig à vingt ans révolus. C’est dans cette cité qu’il tombe amoureux de Lucie Maria Mollin, la fille d’un grand propriétaire terrien de Prusse orientale qui poursuit, alors, des études de langues. Sous-lieu-tenant en 1912, il s’en retourne à Weingarten dans l’infanterie. Mais il n’oublie pas sa chère Lucie à qui il écrit presque quotidiennement. Début août 1914, Rommel est envoyé sur le front français. Il s’y montre infatigable. Blessé à la cuisse en septembre, il reçoit la croix de fer de 2e classe. En janvier 1915, rétabli, il rejoint son bataillon sur l’Argonne. Il est dors décoré de la croix de guerre de ire classe. Nommé lieutenant en 1915, il est blessé une seconde fois à la jambe. Début 1916, il est engagé sur le front des Vosges. En novembre 1916, profitant d’une permission, il épouse celle qu’il aime pour toujours, Lucie Maria Mollin.erwin rommel

 Il poursuit la guerre sur le front roumain d’abord, puis sur le front italien, au côté des Austro-Hongrois, notamment lors de la très grande victoire de Caporetto. En janvier 1918, il est versé à l’état-major. Il y prépare les quatre grandes offensives de printemps sous les ordres de Ludendorff et de Hindenburg. Demeuré dans l’armée croupion, réduite à cent mille hommes, accordée par le traité de Versailles, Rommel est affecté à Stuttgart. Cannée 1928 est l’année  du bonheur avec la naissance de leur unique enfant, Manfred, lequel deviendra en mars 1945 l’interprète du général de Lattre de Tassigny avant que d’être élu pour vingt-deux ans maire de Stuttgart et, enfin, nommé par le chancelier Kohl, coordonnateur des affaires franco-allemandes, poste qu’il occupera jusqu’en 1999.

 De ce petit Manfred, les deux parents sont complétement fous. Au point de délaisser les mondanités —Rommel a pourtant été nommé instructeur de récole d’infanterie de Dresde — au profit des longues balades en forêt et dans la campagne saxonne.

Hitler le distingue

 Plutôt hostile aux nazis qu’il considère comme des voyous — surtout les SA de Rôhm —, il est-ce-pendant séduit par le patriotisme de Adolphe Hitler lorsqu’il parvient au pouvoir à partir de janvier 1933. La Nuit des longs couteaux, c’est-à-dire le massacre des SA sur ordre de Hitler, ne heurte guère sa conscience. À partir de 1934, après la mort d’Hindenburg, Rommel est amené à côtoyer les dignitaires nazis. Il se heurte à Himmler et Goebbels, en refusant de laisser défiler les SS devant son bataillon d’élite d’infanterie alpine. Hitler lui donne raison…

Promu lieutenant-colonel en 1935, il est nommé instructeur à la très brillante Académie militaire de Potsdam. En 1937, il se voit également chargé de l’entraînement militaire des Jeunesses hitlériennes, tâche qu’il accomplit avec déplaisir tant il méprise leur chef, Baldur von Schirach, avec qui ses relations sont détestables. Promu colonel en 1938, Rommel est nommé commandant de la garde personnelle du Führer. Hitler apprécie beaucoup cet officier de grande valeur qui n’appartient pas au milieu de ?aristocratie militaire qui peuple la Wehrmacht.

En août 1939, Rommel est nommé général et affecté au quartier général de Hitler. Il participe à la campagne de Pologne avec conviction et se voit confie ; à son retour, en février 1940, la 7e division blindée constituée de deux cent dix-huit chars légers, cinquante-six automitrailleuses, sans compter les unités du génie, l’artillerie de campagne, la DCA, les motocyclistes, ainsi que deux régiments motorisés.

Brillante campagne de France et en Libye

Le 10 mai 1940, Rommel perce à travers les Ardennes belges, franchissant la Meuse à hauteur de Dinant. Après le dur affrontement de Flavion où il perd des dizaines de chars, il atteint la Sambre, puis repousse de Gaulle à Montcornet. Le 20 mai, il atteint Arras avant que de subir des pertes sévères lors de la contre-attaque alliée du 21. Le 29 mai, il parvient à proximité de Lille. Adolphe Hitler vient le féliciter à Arras le 2 juin et se laisse convaincre de poursuivre l’offensive. Les 5 et 6 juin, Rommel perce entre Amiens et Abbeville. Mais la résistance des troupes coloniales, notamment à Hangest, conduit les forces de Rommel à se venger sur les prisonniers noirs. Sans doute Rommel n’a-t-il donné aucun ordre en ce sens, mais ses troupes se sont comportées de façon honteuse.

Le 8 juin, Rommel atteint Seine, puis s’empare du port de Fécamp le 10, avant d’obtenir la reddition du 9e corps d’armée du général Ilher. Puis, traversant la Normandie, il attaque Cherbourg, y capturant trente mille hommes parmi lesquels les amiraux Abrial et Le Bigot. Lorsqu’ils pénètrent dans Bordeaux le 24 juin, Rommel et ses hommes se sont déjà emparés de plus de cent mille soldats anglais et français, ainsi que de très importants matériels.

 Début 1941, Hitler puis le maréchal von Brauchitsch lui fixent un nouvel objectif : aller secourir les troupes italiennes en grande difficulté en Libye. Rommel atterrit à Tripoli le 12 février 1941. Son objectif est de s’emparer de Tobrouk, port en eau profonde indispensable au ravitaillement des Allemands et des Italiens, puis du canal de Suez si essentiel à laGrande-Bretagne. Rommel n’en oublie pas pour autant sa famille. À Lucie, il fait part de sa grande inquiétude devantlarésistance anglaise : la guerre sera longue estime-t-il. Quant à Manfred, il le félicite pour ses excellents résultats en mathématiques et lui promet des parties de chasse lors de son retour en permission…El-Alamein

Ayant pris Tobrouk dans un étau, Rommel doit briser la résistance inattendue des Français du général Koenig à Bir Hakeim fin mai-début juin 1942. Le 21 juin, il pénètre enfin dans Tobrouk capturant trente-cinq mille Britanniques, deux mille blindés, quatre cents canons et deux mille tonnes d’essence. Mais la combativité des Français a permis au général Auchinleck de regrouper les troupes anglaises et du Commonwealth autour d’El-Alamein.

Un maréchal vaincu

Hitler Payant nommé maréchal, Rommel est euphorique et pénètre en Égypte, s’emparant, le 30 juin, de Mersa Matruh. Mais face à Montgomery qui a rassemblé deux cent mille hommes, mille six cents chars, mille canons et un millier Savions, Rommel ne dispose que d’à peine la moitié de ses forces et de ses chars. Montgomery se renforçant sans cesse, Rommel sait qu’il doit aller vite. Par deux fois, les 13 juillet et 30 août, il tente de percer, en vain.

Le 22 juillet, il a même dû repousser une contre-attaque britannique. À partir du 23 octobre, Montgomery déclenche une lourde offensive à El-Alamein. La victoire anglaise est totale, au prix de lourdes pertes. Grâce au sacrifice des divisions italiennes, Rommel et les divisions allemandes, quoique fortement diminuées, parviennent cependant à s’échapper.

Désormais, Rommel, qui s’est fait insulter par Hitler lorsqu’il a suggéré d’évacuer l’Afrique du Nord en raison de la disproportion des forces — ce qui est une évidence militaire — s’éloigne du régime nazi qu’il juge fanatisé et dangereux pour la survie de l’Allemagne. Tenant la Tunisie, Rommel remporte de beaux succès début 1943, notamment contre Patton à Kasserine. Mais il est lucide et écrit à sa chère Lucie qu’il n’espère nullement, à vingt contre un, une victoire sur le front tunisien. D’ailleurs, dès mars, il est vaincu par les Anglais à Medenine.

Rommel en Italie

Malade, Rommel est rappelé en Allemagne, alors que les Allemands viennent de capituler à Stalingrad. Il se heurte alors à Goering qu’il méprise. Hospitalisé, il sort rétabli en mai. Hitler le convoque et reconnaît qu’il aurait dû l’écouter et évacuer l’Afrique. Et il l’envoie désarmer l’armée italienne à la suite du renversement de Mussolini. Mission ô combien délicate dont Rommel s’acquitte avec brio à Milan. Après avoir hésité à lui confier le front italien, finalement Hitler le charge de l’inspection des côtes occidentales, du Danemark aux Pyrénées, au mois de décembre 1943. Rommel n’en oublie pas pour autant son Manfred : il parvient à éviter que le jeune homme, âgé de quinze ans, ne soit intégré à la Waffen SS, soldatesque qu’il méprise totalement. Début 1944, Manfred est affecté dans une unité de DCA.

Commandant des côtes maritimes occidentales, toujours accompagné de ses deux fidèles, le général Gause et l’amiral Ruge, Rommel installe son PC à Fontainebleau avant de le rapprocher du théâtre des opérations en le déplaçant à La Roche-Guyon. Il parcourt le littoral français, constate que de nombreuses zones ne sont guère défendues, dors que les troupes sont fatiguées et démobilisées. Il s’inquiète de l’insuffisance en canons, du mauvais emplacement de nombreux blockhaus, de l’absence de protection des ports, de l’inexistence de défenses en arrière des positions côtières. En janvier 1944, le maréchal Rommel se voit confier le commandement du groupe d’armées B, soit trente-neuf divisions dont sept blindées. Une responsabilité sans doute exagérée pour un homme qui n’a jamais dirigé jusque-là plus de dix divisions. Aussi est-il, légitimement, placé sous les ordres du maréchal von Rundstedt, commandant en chef du front ouest, dont la santé défaillante laisse pourtant Rommel bien isolé.

Les deux hommes, s’ils partagent la même conviction sur le lieu du débarquement — le Pas-de-Calais —, n’ont pas la même conception de la défense qu’il convient de mettre en place. Von Rundstedt est partisan de placer les divisions blindées à l’arrière pour les protéger des bombardements de la flotte alliée et permettre l’organisation d’une contre-attaque. Au contraire, Rommel voit beaucoup plus juste et veut positionner les blindés à proximité des plages. Il a la conviction que les Allemands ne disposant plus de marine ni d’aviation, le débarquement doit être repoussé dans l’eau et sur les plages. Hitler arbitre sans trancher : trois divisions sont placées, sur la côte, sous le commandement direct de Rommel et quatre autres mises en réserve à l’arrière. Cependant Rommel peaufine le système de défense côtier allemand : champs de mines, asperges, barrages antichars, barbelés, obstacles immergés à marée haute…

Le 5 juin 1944, Rommel prend la route de l’Allemagne…

C’est au mois de mai 1944 que le docteur Strôhlin, bourgmestre de Stuttgart, informe Rommel des réalités de la Solution finale. Puis son nouveau chef d’état-major, le général Speidel, le met en contact avec le général Karl Heinrich von Stülpnagel, commandant militaire de la Wehrmacht à Paris, l’un des principaux chefs de la conjuration des officiers allemands contre Hitler, alors en cours de préparation. Rommel refuse de s’engager dans le complot : il est opposé à un attentat et préférerait l’arrestation puis la destitution et le jugement de Hitler par l’armée. Toutefois, il est parfaitement consciedébarquement 6 juin 1944nt de l’urgence de traiter avec les Anglo-Américains pour n’avoir plus qu’à combattre les Russes. Cependant, fin mai, Rommel s’est, semble-t-il, laissé convaincre de participer à la conspiration. En effet, Speidel a rencontré le Dr Strôhlin ainsi que l’ancien ministre des Affaires étrangères, von Neurath. Tous deux ont ainsi prévenu Rommel d’avoir à se tenir prêt à prendre la tête des armées dès la réussite du putsch, à présent imminent.Tout paraissant calme, alors que depuis 6 heures, la plus grande armada de l’Histoire vient d’appareiller des côtes anglaises pour les plages du Calvados, le maréchal Rommel décide de prendre la route de l’Allemagne. Son motif : souhaiter le 6 juin, à Herrlingen, l’anniversaire de Lucie à qui il apporte, pour son cinquantième anniversaire, une superbe paire de chaussures. À la vérité, le maréchal entend également rencontrer Hitler et lui arracher un accord pour positionner près de la côte les quatre dernières divisions blindées disponibles.

Tout est déjà compromis !

Le temps est bien maussade à La Roche-Guyon et les avions d’observation allemands n’ont rien repéré en mer… Ce 5 juin 1944, c’est bien la première fois depuis des mois que le maréchal est de belle humeur alors que le sort de l’Allemag ne paraît si mal engagé à cause de ces enragés de nazis.

Prévenu que le débarquement vient de débuter au petit matin, le maréchal Rommel doit parcourir six cents kilomètres pour rejoindre son PC de La Roche-Guyon. Il n’y parvient qu’au soir du 6 juin. Rommel constate que les Alliés se sont déjà assuré une tête de pont de Cabourg à Barfleur. Que faire sans aviation ? Comment déplacer les panzers ? Comment éviter la pluie d’obus que la marine alliée fait pleuvoir sur les défenseurs ?

PARTAGER
Article précédentChristophe Colomb découvre l’Amérique en 1492
Article suivantLe général Leclerc l’homme de la 2eme division blindée

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here