Okinawa Une conquête dans le sang

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En mars 1945, la situation est désespérée pour le Japon. Les Américains ont reconquis méthodiquement tout le terrain perdu dans le Pacifique, infligeant des pertes sévères à l’armée et à la marine ainsi qu’à l’aviation japonaise. Le 20 octobre 1944, les Américains ont repris pied aux Philippines. L’île d’Iwo Jima a été reconquise de haute lutte. Il ne reste plus qu’un seul obstacle sur la route qui mène les Américains vers Tokyo : l’île d’Okinawa.

Cette île qui mesure plus de 2400 kilomètres carrés, se trouve à 500 km de l’île de Kyushu, une des quatre îles principales de l’archipel du Japon. Son relief tourmenté au sud mais relativement plat au nord, peut en faire une excellente base de départ pour les bombardiers américains. Elle est très bien défendue. Le général Ushijima, commandant la 32e armée déployée sur l’île dispose de près de 120 000 hommes. L’île elle-même, contrairement aux autres îles déjà attaquées, est pour l’essentiel peuplée de Japonais, au nombre de 400000. Pour attaquer cette île l’état-major américain ne lésine pas sur les moyens. Près de 180 000 hommes sont disponibles pour une campagne que l’on espère brève, dont un tiers doit débarquer dans les premiers jours de l’offensive, prévue pour ler avril. Ils appartiennent à deux divisions de marines et deux divisions de l’armée de terre. La flotte d’accompagnement donne le vertige : quarante porte-avions, près de 20 cuirassés et croiseurs de batailles, 200 destroyers et plus d’un millier de navires de transport doivent convoyer les troupes qui débarqueront au centre de l’île, sur la côte ouest.

L’île est encerclée

Dès le milieu du mois de mars, la flotte américaine encercle l’île et débute un pilonnage méthodique des côtes. Le 18 mars, un premier navire américain est pris pour cible par un pilote kamikaze. Cette campagne d’attaques suicides va aller en s’intensifiant. Contre toute attente, le débarquement, qui débute comme prévu dans la matinée du ler avril, se déroule sans aucune opposition des Japonais. Les soldats américains, ahuris progressent dans les rizières et les champs de canne à sucre sans rencontrer le moindre soldat japonais. Le 4 avril, ils ont conformément au plan initial, atteint la côte est, coupant l’île en deux.guerre du pacifique

Cette absence de réaction n’est pas due au hasard. Le général Ushijima a conscience que la supériorité des Américains en matière d’aviation et d’artillerie ne peut lui permettre de tenir le rivage. Il a donc décidé de fortifier le sud de l’île, très accidenté. Ses montagnes sont parcourues par des kilomètres de galeries et de tunnels, et sont garnies de postes de combats, de bunkers et de positions enterrées pour l’artillerie lourde.

Okinawa est coupée en deux

Le 6 avril, les troupes américaines débutent leur double mouvement vers le nord et le sud. Le même jour, la flotte américaine subite la plus violente attaque de kamikazes de l’histoire. Plusieurs centaines d’avions tentent de s’abattre sur les navires américains. Le même jour, le cuirassé japonais Yamato, le plus gros navire de guerre existant, appareille pour Okinawa avec pour mission d’y livrer sa dernière bataille. Repéré dès le lendemain par les Américains, il est la cible de vagues de bombardiers et torpilleurs et sombre, entraînant dans la mort 2 400 de ses 2 700 hommes d’équipage.

Dans les jours qui suivent, les opérations de kamikazes se poursuivent, qui endommagent et parfois coulent des navires de la flotte américaine. Les responsables de cette dernière s’inquiètent considérablement de cette menace et poussent les chefs de l’armée pour qu’ils accélèrent leurs opérations afin de pouvoir se replier hors de portée des avions japonais.

De fait, l’opération qui commence vers le nord de l’île se déroule presque sans encombre. Les Américains l’envahissent sans rencontrer autre chose qu’une résistance sporadique. Le 18 avril, tout le nord l’île est aux mains des Américains.

Les combats commencent vraiment

Mais dans le sud, dès le 7 avril, les troupes américaines se sont heurtées à la première ligne de défense, qu’ils ont pu percer. La 19 avril, les choses sérieuses commencent, les Américains se heurtant à la ligne Shuri, fortifiée et bien défendue par les soldats japonais. Les combats sont d’une violence inouïe. Les Américains paient cher chaque centimètre de terrain conquis. La plupart du temps, les bunkers japonais doivent être conquis à coups d’explosifs, de charges creuses et de lance-flammes. Les pertes japonaises donnent le vertige. Les prisonniers sont rares, la plupart des soldats, même blessés, préférant se suicider en dégoupillant des grenades.bataille d'Okinawa

La progression est lente durant tout le mois de mai, la mousson compliquant encore les opérations. Les pluies diluviennes transforment le champ de bataille en une boue infâme où se mélangent la terre et les cadavres en décomposition, donnant à la ligne de front l’apparence des pires combats de la Première Guerre mondiale.

Le 23 mai, le général Ushijima ordonne à ses hommes de quitter la ligne Shuri et de gagner la péninsule de Kiyanu pour y livrer le dernier combat. Les soldats blessés sont abandonnés sur place ou se voient administrer une dose mortelle de morphine. Début juin l’offensive américaine porte enfin ses fruits. Les pertes japonaises grimpent en flèche et la résistance faiblit. Le 19 juin considérant avoir fait son devoir, le général Ushijima se donne la mort. Le 21 juin, les derniers soldats japonais se rendent. La bataille d’Okinawa est terminée.

La bataille d’Okinawa, la plus importante opération amphibie de toute la guerre du Pacifique, aura duré près de trois mois, au cours desquels la flotte américaine aura perdu 34 navires, essentiellement par des attaques de kamikazes. Le bilan est lourd côté américain, avec 12 000 morts et 38000 blessés. Mais côté japonais, c’est une véritable hécatombe : sur les 120000 hommes que comptait la 32° armée, un peu plus de 10000 se sont rendus, blessés pour la plupart. Les autres sont morts lors des combats ou se sont donné la mort. Un cinquième de la population de l’île a disparu. Le coût élevé de cette victoire et l’acharnement des combats vont peser lourd dans la décision américaine d’employer la bombe atomique, considérée alors comme un moyen d’éviter un bain de sang lors de la conquête du Japon même.

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