Joseph Vacher, le Jack l’Éventreur français

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Entre 1893 et 1897, un effroyable meurtrier sévit dans le sud-est de la France, poignardant, égorgeant, éventrant, mutilant et violant de jeunes bergers. Après chaque crime, des témoins affirment avoir vu un individu solitaire, laid et nauséabond passer dans les parages. Il est mal vêtu et sa tête est couverte d’un épais bonnet joseph Vacher, un vagabond arrêté en août 1897 pour l’agression d’une femme, correspond trait pour trait à ce tableau… C’est surtout un être mentalement perturbé, paranoïaque et capable d’incontrôlables crises de rage. Son procès et la question de sa responsabilité vont susciter pour la première fois de l’histoire une confrontation entre justice et psychiatrie.

Né à Beaufort, en Isère, en 1869, de parents cultivateurs, Joseph Vacher grandit dans un environnement familial teinté de mysticisme et de superstitions alimentées par sa mère, une femme très croyante et par ailleurs victime de visions et d’apparitions morbides. C’est un adolescent doué d’une force physique surprenante, de caractère sournois et cruel, et pris de violents accès de démence. Sa mère meurt lorsqu’il a 14 ans. C’est probablement à ce moment que commence sa carrière criminelle. En 1883, dans la commune d’Eclose, un enfant de 10 ans est retrouvé mort dans une grange. Vacher ne sera suspecté de ce crime qu’à la fin de sa vie. Deux ans plus tard, il entre comme postulant chez les frères maristes de Saint-Genis-Laval, où il complète son instruction. Mais, à 18 ans, il est exclu pour indiscipline et présomption de pratiques homosexuelles. De retour à Beaufort, il se consacre aux travaux des champs. C’est là qu’il tente d’abuser d’un valet de ferme de 12 ans. En 1888, il trouve un emploi dans une brasserie de Grenoble. 11 fréquente les prostituées et contracte une maladie vénérienne nécessitant l’ablation d’une partie des testicules. Cet événement est pour lui un traumatisme.

Une vie de brimades et de déceptions

En 1890, il est appelé sous les drapeaux au régiment d’infanterie de Besançon. Apprécié de ses supérieurs, il est néanmoins décrit comme un individu psychiquement troublé, sujet aux idées noires et aux fréquents délires de persécution. Sorti quatrième de ses classes d’élève caporal, il est déclaré inapte au commandement. Furieux et amer, il tente de se trancher la gorge. Son colonel cède et le rétablit finalement dans son grade. Vacher montre une aptitude au commandement et obtient une promotion rapide au grade de sergent. Il s’éprend d’une jeune cantinière, Louise Barrand. L’idylle finit par sombrer dans la tragédie : en 1893, il demande la jeune femme en mariage et essuie un refus catégorique. Dans la fureur de sa déception, il saisit son revolver et tire à quatre reprises sur Louise, qui est blessée. Vacher se tire deux balles en pleine tête et s’en sort miraculeusement. Une balle est extraite tandis que l’autre, logée dans l’oreille droite, reste en place. Les séquelles sont importantes : devenu sourd du côté droit, il subit une paralysie du nerf facial, ce qui le fait baver et laisse son œil droit injecté de sang. Il vivra le reste de sa vie la tête couverte d’un bonnet.

Un être perturbé devenu tueur itinérant

Déclaré irresponsable, il est interné en asile pendant six mois. Dès sa sortie, il se met à errer et succombe à ses pulsions perverses. Pendant trois ans, il viole, éventre, mutile de jeunes bergers et bergères. Son premier meurtre connu est celui d’Eugénie Delhomme, en mai 1894. En novembre 1894, dans le Var, Louise Marcel, 13 ans, est sauvagement assassinée. C’est ensuite Augustine Mortureux, 17 ans, en mai 1895 en Côte-d’Or. Chaque meurtre se passe en rase campagne à l’abri des regards. Son forfait accompli, Vacher ne prend pas La peine de dissimuler les corps. En août 1895, en Savoie, la veuve Morand, 58 ans, est assassinée puis violée. Une semaine plus tard, dans l’Ain, Victor Portalier (15 ans) connaît le même sort. La mobilité du tueur — il est capable de parcourir 60 km à pied en une journée — lui permet d’échapper à la police. En septembre 1895, il est dans la Drôme, où il assassine Aline Alaise, 13 ans. Il tue Pierre Massot-Pelé (14 ans) quelques jours plus tard en Ardèche, Marie Mounier (19 ans) en septembre 1896 dans l’Allier, Rosine Rodier (14 ans) en octobre 1896 en Haute-Loire, Claudius Beaupied (14 ans) en mai 1897 et Pierre Laurent (18 ans) en juin 1897 dans le Rhône.

L’arrestation de l’ Éventreur du Sud-Est

Le 4 août 1897, à Champis, en Ardèche, Mme Plantier est agressée dans ses champs par un individu qui se jette sur elle, armé d’un couteau. Elle est sauvée par son mari, accouru dès les premiers cris. L’agresseur est arrêté pour « outrage aux bonnes mœurs » et condamné à trois mois de prison. Mais l’affaire n’en reste pas là : le procureur Fonfrède remarque que l’homme correspond parfaitement au signalement du tueur de bergers surnommé Éventreur du Sud-Est. Il est recherché pour le meurtre du jeune Victor Portalier le 31 août 1895 par son homologue de l’Ain, le juge Émile Fourquet. joseph vacherCe dernier s’est lancé dans une enquête remarquable, retraçant le parcours du tueur selon son modus operandi et les témoignages recueillis. Il est ainsi le premier à utiliser des méthodes de profilage en établissant un profil type du meurtrier, qu’il a ensuite transmis sous forme de commission rogatoire aux autres parquets. Confondu, Joseph Vacher est condamné à mort le 28 octobre 1898 pour 12 meurtres avec préméditation par les assises de l’Ain. Le jury l’a déclaré responsable de ses actes. Il est guillotiné le 31 décembre à Bourg-en-Bresse. Il n’a alors que 29 ans et un parcours criminel unique.

Joseph Vacher est le plus célèbre tueur en série de l’Hexagone. Celui qu’on a surnommé depuis le jack l’Éventreur français» a été reconnu coupable de 12 meurtres ; il pourrait en avoir commis près de 31. Dans une lettre publiée dans la presse le 9 octobre 1898, il se déclare fou et en proie à une incontrôlable rage, se dit l’instrument de Dieu pour punir la société… En dépit des expertises, la question de la responsabilité de Vacher n’a jamais été considérée par la justice. Pourtant, ses antécédents médicaux et psychiatriques suffiraient de nos jours à le faire déclarer irresponsable de ses crimes.

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