La Bataille de Kasserine

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Si l’Amérique est entrée en guerre en décembre 1941, après l’attaque japonaise contre Pearl Harbor, et si elle est également en guerre avec les alliés italiens et allemands du Japon, il faut attendre novembre 1942 pour que les soldats interviennent sur le théâtre occidental, en débarquant en Afrique du Nord française.

L’opération Torch a été préparée avec soin par les Alliés et constitue une très mauvaise nouvelle pour les troupes italo-allemandes, qui viennent de subir, en ce même mois de novembre, une cuisante défaite à El-Alamein, en Égypte. Poursuivies par les Britanniques jusqu’en Libye, elles risquent d’être prises à revers par les troupes alliées, qui s’apprêtent à entrer en Tunisie.

Voilà pourquoi les Allemands se sont emparés de force du port de Bizerte et que de nombreux avions allemands se posent à Tunis et dans les environs dès la nouvelle du débarquement des Alliés connue : la situation est si critique que c’est toute l’armée halo-allemande qui risque de capituler. Les aérodromes et les ports tombés aux mains des Allemands, des renforts nombreux affluent, sous la forme de la 5e armée de panzers, bientôt commandée par le général von Arnim.

 Échec des Alliés devant Tunis

 En novembre et décembre 1942, les Alliés tentent, sans succès, de s’emparer de Tunis. Plus au sud, la 8eme armée britannique du général Montgomery arrive à Tripoli, ancienne base arrière de Rommel, le 23 janvier 1943. Pour entrer en Tunisie afin de prêter main-forte aux troupes du Nord, Montgomery doit franchir des fortifications construites par les Français pour parer à une invasion italienne : la ligne Mareth. Appuyée sur les contreforts de l’Atlas et sur la côte du golfe de Syrte, cette ligne fortifiée constitue un obstacle de taille. Mais les Allia, qui ne sont pas parvenus à prendre l’unis, ont décidé de frapper plus au sud et de traverser les Aurès en s’emparant de Faïd, sur les contreforts orientaux de l’Atlas, qui leur ouvre la route de Sfax, sur la côte. Les forces de l’Axe ont conscience du danger : elles risquent d’être coupées en deux. Aussi les éléments de pointe de l’armée de panzers de von Arnim arrivent-ils à Faïd le 30 janvier 1943. En 3 jours, la 21e division de panzers chasse les troupes françaises et américaines qui gardaient la ville. La Tunisie est presque entièrement aux mains des Allemands. Le 14 février, une nouvelle attaque allemande permet à l’Axe de repousser encore la ligne de front de Tunisie en s’emparant de la ville de Sbeïtla, qui tombe le 17. Partout les Allemands triomphent assez aisément des soldats américains.

Des Américains inexpérimentés

 Les troupes américaines n’ont alors pas encore livré combat contre les Allemands. Les batailles qui vont suivre vont démontrer à quel point leur doctrine d’emploi de l’infanterie comme des blindés est totalement inadaptée à la guerre moderne, ce qu’ils n’ont pas pu, pour l’instant réaliser en ne livrant que des combats dans la jungle face aux Japonais. Les fantassins américains ont été, par exemple, formés à creuser, en cas d’urgence, des tranchées peu profondes au lieu de trous de combat. De nombreux soldats américains meurent ainsi écrasés sous les chenilles des chars allemands.

Dans le domaine des chars, la situation n’est guère plus brillante. Les blindés américains sont inadaptés : trop lents trop légèrement blindés pour certains, trop massifs et constituant des cibles faciles pour d’autres, et tous pourvus d’un armement antichar totalement inadéquat pour faire face aux blindés allemands.

Les témoignages concordent, dans le camp américain, pour constater que, par surcroît, les techniques de combat des Américains sont totalement inefficaces : lors de la bataille de Sidi Bou Saïd, par exemple, attiré dans un piège par des blindés allemands qui font mine de reculer un bataillon de chars américain se lance à leur poursuite et tombe dans un traquenard. Des pièces antichars allemandes bien dissimulées, l’anéantissent. Un témoin américain de la scène la décrira en ces termes : « C’était un tir au pigeon. Un massacre. »

Offensive de l’Axe à Kasserine

Au milieu du mois de février 1943, toute la Tunisie est sous le contrôle de l’Axe, et Rommel entend profiter de l’inexpérience des Américains pour les chasser rapidement d’Afrique du Nord. Il veut attaquer l’ennemi dans la passe de Kasserine, tenue par le 2e corps américain, afin de s’emparer de Tébessa, en Algérie. Cette ville, située sur les arrières des troupes alliées est un des principaux dépôts de carburant de la région, une denrée dont Rommel a cruellement besoin et dont il pourrait également priver ses adversaires, réduisant d’autant leur potentiel offensif. Malgré des tensions avec von Arnim, qui refuse de lui octroyer une partie des troupes dont il aurait besoin, Rommel se lance donc à l’assaut de la passe de Kasserine, le 19 février. Véritable goulet d’étranglement, cette passe montagneuse est un endroit parfait pour la défense. Mais il n’est pas suffisamment gardé, car le chef du 2e corps américain a trop dispersé ses troupes. Après quelques rudes combats, Rommel parvient à percer et à déboucher dans la plaine dans la soirée du 20 février. Ses avions d’observation lui indiquant que des renforts américains convergent vers lui, il décide d’attendre que le gros de ses forces ait traversé la passe avant de reprendre sa marche.

Mais une inspection des environs et la découverte des quantités considérables de matériel abandonnées par les Américains le font changer d’avis : Rommel n’a jamais vu autant de véhicules, d’armes lourdes, de stocks de munitions et de carburant. Il est à ses yeux manifeste qu’il ne serait pas raisonnable, pour lui, de poursuivre son offensive tant le risque est grand de voir les Américains l’envelopper. Par ailleurs, l’artillerie américaine pilonne ses positions avec une intensité rare. Il décide donc de se replier, ce qui est chose faite dès le 23 février. Rommel se fait désormais le fervent partisan d’un retrait total et rapide de Tunisie auprès d’Hitler, dès le mois de mars 1943.

L’avènement de Patton

 Le général Patton, qui s’était déjà illustré dans Les chars durant la Première Guerre mondiale, est entré dans l’histoire pour son franc-parler et pour son audace. C’est paradoxalement l’inefficacité du général Fredendall, commandant du 2eme corps, qui propulse ce général emporté et colérique, mais connu pour son charisme, à la tête de ce corps. Un choix que le général Eisenhower, qui en est à l’origine, ne regrettera pas.

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C’est sous le nom de « Bloody Kasserine » que cette courte bataille est entrée dans la mémoire des soldats américains. Aux États-Unis, cette bataille est vécue et considérée comme le véritable baptême du feu des GI en Europe. Ils sont en effet rapidement vaincus par des Allemands et Italiens expérimentés et utilisant des techniques de combat plus modernes. Le chef du 2eme corps américain est limogé et remplacé par un homme qui va jouer un grand rôle dans la guerre : le général Patton. La défaite américaine à Kasserine est donc à relativiser : elle permet aux Américains de corriger le tir. Dès la fin du printemps 1943, en contraignant les troupes de l’Axe à capituler en Tunisie puis Lors de l’invasion de la Sicile qui suit à l’été, les Américains montrent qu’ils apprennent vite.

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