Histoire
La bataille de l’île de Savo, cuisante défaite pour les Alliés dans le Pacifique

La bataille de l’île de Savo, cuisante défaite pour les Alliés dans le Pacifique

Au début du mois de juin 1942, la marine américaine a infligé un coup d’arrêt brutal à l’expansionnisme japonais en coulant quatre porte-avions nippons à la bataille de Midway. Blessée, la marine japonaise n’est pas morte et dispose encore de moyens énormes pour combattre les États-Unis.

A l’été 1942, si le rythme de l’expansion japonaise faiblit, l’heure du reflux est loin d’avoir sonné. Midway est certes une victoire des Américains, mais une victoire défensive. La machine de guerre états-unienne n’est pas encore prête pour la reconquête du terrain perdu. Elle se prépare, lentement mais sûrement, produisant toujours plus d’avions, de chars, De navires et mobilisant toujours davantage d’hommes.

 Dans le Pacifique, alors théâtre principal d’opérations pour les Américains. On n’envisage pas de repasser à l’offensive avant la fin 1942. Mais la découverte, en juillet 1942, de la construction d’un aérodrome japonais sur l’île de Guadalcanal, dans l’archipel des Salomon, va changer la donne. Il suffit de placer la pointe d’un compas sur cette île pour comprendre que sitôt l’aérodrome terminé, les liaisons aériennes et navales entre l’Australie et les États-Unis seront menacées par l’aviation japonaise. À terme, c’est la coopération entre les Alliés dans le Pacifique qui est en danger, et l’Australie même pourrait se retrouver totalement isolée.

Opération Watchtower

L’armée américaine se doit donc de réagir plus rapidement que prévu. L’opération Watchtower (« tour de guet ») débute le 7 août 1942, avbataille-de-midwayec le débarquement de soldats de l’1re division de marines sur les îles de Tulagi et de Guadalcanal. Les défenseurs japonais, peu nombreux, sont rapidement submergés, et les débarquements se déroulent presque sans opposition. Mais la contre-attaque japonaise va être foudroyante.
Averti avant même que le débarquement ne commence de la présence d’une imposante flotte américaine à l’approche l’amiral japonais Mikawa a appareillé aux premières heures du 8 août afin de l’attaquer. Son escadre peut paraître ridicule : 5 croiseurs lourds, le Chokai, l’Aoba, le Furutaka, le Kako et le Kinugasa, 2 croiseurs légers, le Tènryu et le Yubari, et un destroyer, Face à lui, des porte-avions, une dizaine de croiseurs lourds et légers et une vingtaine de destroyers. Le rapport de force est donc très favorable aux Américains.

Les Américains tergiversent

 Mais la chance est du côté des Japonais. Des appareils de reconnaissance alliés ont bien repéré les navires japonais qui ont quitté leur base de Rabaul, en Nouvelle-Bretagne, pour fondre sur Guadalcanal en se faufilant entre les îles de l’archipel des Salomon afin d’attaquer les navires chargés de protéger le débarquement des hommes et du matériel. L’amiral Turner, en charge de l’opération, a ordonné, en conséquence, le déploiement autour de l’île de Savo, qui protège les abords des plages de Thlagi et de Guadalcanal, d’un écran de protection : 2 destroyers, le Blue et le Ralph Talbot, montent la garde au nord-ouest de l’île. Deux croiseurs australiens le Canberra et l’Australia, et un croiseur américain, le Chicago, accompagnés par les destroyers Patterson et Bagley, patrouillent au sud de l’île de Savo. Trois autres croiseurs américains, le Vincennes, l’Astoria et le Quincy, accompagnés des destroyers Helm et Jarvis, patrouillent au nord-est. Mais la possible réaction des Japonais inquiète fortement l’amirauté américaine. Le vice-amiral Fletcher, qui commande les porte-avions chargés de protéger les opérations dans les Salomon, craint que ses navires ne soient pris pour cible, d’autant que, son aviation ayant multiplié les sorties, ses réserves de carburant sont en baisse. Il redoute que la floue japonaise qui s’est mise en route ne soit que l’avant-garde de quelque chose de bien plus déplaisant et demande donc l’autorisation de se replier. Devant son insistance (rappelons-le, les Américains manquent alors cruellement de porte-avions), ses supérieurs lui donnent leur accord : il pourra quitter les Salomon le 9 août à l’aube.

L’implacable contre-attaque nippone

 Mais l’amiral lbrner, qui commande aux navires de surface, est furieux : sans les porte-avions, sa flotte est en danger mortel. Il se réunit donc avec le général Vandegrift, commandant les marines, pour l’informer que, sans couverture aérienne, il devra lui aussi quitter le secteur… abandonnant de fait les marines à leur sort. La tension est extrême au sein du commandement allié dans la nuit du 8 au 9 août, et les réunions se prolongent, à tel point qu’on semble ne plus se préoccuper des navires japonais. Ces derniers arrivent à proximité de l’île de Savo vers minuit, précédés par leurs hydravions de reconnais-sauce, qui volent avec leurs feux de position et que les Américains prennent pour des appareils amis. Étant parvenu par miracle à échapper à la vigilance du Blue et du Ralph Talbot, Mikawa longe alors l’île de Savo et, vers 1 h 45 du matin, ses navires ouvrent le feu sur les croiseurs américains et australiens qui croisent sans se douter de leur présence. Rapidement, c’est la confusion la plus totale dans le camp allié. Tandis que las Japonais avancent en ligne de bataille, bien regroupés, et concentrent leurs tirs, les Américains pris de panique, ne savent que faire. Les croiseurs Vincennes et Quincy sont rapidement envoyés par le fond. guerre-du-pacifiqueLe Canberra est frappé par une torpille et flambe une partie de la nuit. Il est plus que probable que les projectiles qui l’ont atteint ont été tirés par un destroyer américain, ce qui indique le degré de confusion qui règne alors. L’Astoria, touché, coule le 9 août peu avant midi. Le Ralph Talbot et le Chicago sont gravement endommagés et doivent quitter le secteur pour réparer. L’amiral Mikawa peut alors attaquer les navires de transport, maintenant sans défense. L’opération américaine est menacée d’anéantissement. Mais, fort heureusement pour les Américains. Mikawa décide de faire machine arrière et met le cap sur Rabaul. Sa décision s’explique par le fait qu’il est au courant de la présence des porte-avions américains et qu’il ignore qu’ils ont reçu l’ordre de quitter le secteur ; il craint donc, en restant sur place, d’être attaqué par l’aviation embarquée américaine sur le chemin du retour.

La flotte japonaise quitte le secteur de Savo sans avoir perdu le moindre navire. Le Kako est toutefois coulé sur le trajet retour par un sous-marin américain, le S-44. La bataille de l’île de Savo constitue un véritable affront pour la marine américaine, dont plusieurs navires ont été envoyés par le fond sans qu’elle en ait coulé un seul. Mikawa n’est pas parvenu à anéantir la flotte de débarquement, il perturbe considérablement les opérations terrestres. Les navires de transport qui n’ont pas pu débarquer leur matériel quittent la zone, bissant pour un temps, les marines américains livrés à eux-mêmes et mettant toute l’opération en danger.

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