La bataille du golfe de Leyte, le chant du cygne de la marine impériale japonaise

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En mars 1942, le général Douglas MacArthur a été contraint d’abandonner la forteresse de Corregidor face aux attaques japonaises. Il a alors fait un serment demeuré célèbre : « I shall return » « Je reviendrai ». Au mois d’octobre 1944, deux ans et demi plus tard, le général MacArthur s’apprête à tenir sa promesse. Mais les Japonais ne l’entendent pas de cette oreille.

Pourtant, ils ne sont guère en position de l’en empêcher. Depuis le débarquement des marines à Guadalcanal, l’armée et la marine japonaises malgré quelques succès tactiques, sont totalement dominées sur le plan stratégique. Les possessions nippones tombent les unes après les autres, et, surtout, la marine de guerre japonaise a perdu sa force de frappe principale : une majorité de ses précieux porte-avions sont au fond de l’océan. Pour aggraver encore la situation les Américains, eux n’ont eu de cesse d’en construire.

Toutefois le serment de MacArthur est une chose, les impératifs militaires en sont une autre. C’est l’amiral Nimitz qui a, de fait, décidé de l’attaque contre les Philippines, qui pourraient constituer une formidable rampe de lancement pour la suite des opérations contre l’archipel japonais. En y débarquant des troupes, les Américains entendent à la fois s’emparer de territoires importants sur le plan stratégique et attirer ce qui reste de la marine de guerre japonaise afin de la mettre hors d’état de nuire.

MacArthur revient

Le 20 octobre 1944, les premières troupes américaines débarquent sur l’île de Leyte, dans l’archipel des Philippines, et MacArthur ne tarde pas à en fouler le sol. C’est la 7eme flotte, commandé par l’amiral Kinkaid qui est en charge de l’opération amphibie, de sa protection et de son soutien immédiat. La 3e flotte de l’amiral Halsey a quant à elle pour mission de protéger la 7eme flotte. Les Japonais sont naturellement prêts. La flotte du Nord (amiral Ozawa), dotée des 3 porte-avions disponibles, doit attirer la 7eme flotte vers le nord et l’éloigner de Leyte. Dans le même temps, la flotte centrale du vice-amiral Kurita a pour mission de s’infiltrer dans la mer de Sibuyan, protégée sur son flanc droit par la floue de l’amiral Nishimura ; ces 2 unités doivent ensemble prendre en tenaille la 3e flotte privée de general mac arthurcouverture.De ces dispositions réciproques va découler une des plus grandes batailles navales de la guerre.

Rapidement, les choses tournent mal pour les Japonais. Dans la nuit du 22 au 23 octobre, alors qu’elle fait route au large de Palawan, la flotte de Kurita, forte entre autres, de 5 cuirassés, dont les gigantesques Yatnato et Musas/ri, est attaquée par des sous-marins américains qui croisaient dans les parages. L’Arago, navire amiral, et le Maya, 2 croiseurs lourds, sont coulés. Surtout, les sous-marins américains signalent la présence de la flotte nippone, qui va à présent subir les attaques aéronavales américaines.

 

Le supplice de Nishirnura

Le 24 octobre alors que ce qui reste de la flotte de Kurita, qui a embarqué à bord du puissant Yantato, entre dans la mer de Sibuyan, elle est repérée par l’aviation embarquée de l’ennemi. Des vagues de torpilleurs américains, issus de la 3eme flotte de couverture, attaquent les Japonais. Le Musashi est envoyé   par le fond, après avoir été frappé par près de 20 torpilles et 18 bombes !

Pendant ce temps l’aviation terrestre japonaise parvient à couler le porte-avions américain Princeton. Les Américains, qui viennent de couler un des deux plus gros cuirassés du monde en envoyant le Yatnato par le fond, sont persuadés que Kurita va faire machine arrière. Ils se trompent lourdement, renforcés dans leur erreur par le manque de communication entre Kinkaid et Halsey. Le second, en effet, a eu vent de l’arrivée de la flotte du Nord et, sans en avertir formellement Kinkaid, fait route, dès le 24 octobre, vers le nord, laissant donc le flanc droit de la 7e flotte sans protection. Et c’est dans cette brèche que Kurita va s’engouffrer, en se glissant sur le flanc droit de Kinkaid alors que l’amiral américain fait route vers le sud avec l’essentiel de ses forces pour attaquer la flotte de l’amiral Nishimura et celle de l’amiral Shima, arrivée en soutien. Ces 2 flottes combinées tombent dans un véritable traquenard : les destroyers américains, présents en nombre, font feu avec toutes leurs torpilles aux premières heures du 25 octobre. Le cuirassé Faso et 3 destroyers sont coulés, et le reste de la flotte subit sans relâche les attaques des navires américains, dont les radars de tir perfectionnés ne laissent aucune chance aux navires japonais. Dans le camp nippon, la confusion est telle que l’amiral Shima heurte, avec son navire amiral, le croiseur Mogioni, immobilisé par les avaries, puis lâche une bordée de torpilles sur un îlot pris par erreur pour un navire ennemi.

Un désastre évité de justesse

Pendant ce temps, Kurita franchit le détroit de San Bernardino et fond sur les zones de débarquement, protégées par un écran de destroyers et de nombreux porte-avions d’escorte, qui ne se doutent de rien. Lorsque Kurita est découvert, il est à portée de tir. Fort heureusement, la réaction des marins américains est exemplaire. Tandis que les destroyers fondent sur les navires japonais pour les torpiller et surtout attirer leur tir, les porte-avions se replient afin de se mettre hors de portée et de lancer leurs appareils. Les destroyers américains sont coulés les uns après les autres, niais 3 croiseurs japonais sont coulés, et Kurita doit faire machine arrière. Au nord, la flotte de l’amiral Ozawa a depuis longtemps cessé d’exister. Elle devait servir d’appât et a parfaitement rempli ce rôle, au prix de sa leyte 1944destruction.

La bataille du golfe de Leyte sonne véritablement le glas de la marine impériale japonaise. Elle perd un de ses deux plus puissants cuirassés, 4 précieux porte-avions, 2 autres cuirassés, 8 croiseurs lourds et une dizaine de destroyers en n’ayant coulé que 4 porte-avions américains, alors que ces derniers disposent à présent de plusieurs dizaines de bâtiments opérationnels dans le Pacifique. Surtout, le sacrifice de la marine japonaise est effectué en pure perte : le débarquement se poursuit sans encombre, et la reconquête des Philippines commence. Leyte est conquise au bout d’un mois et demi de combats. L’île principale de Luçon est envahie en janvier 1945 ; sa libération est, hélas, marquée par de nombreux crimes des soldats japonais à l’égard des populations civiles. La résistance acharnée des Japonais et la férocité des combats font craindre le pire pour la conquête de l’archipel nippon…

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