Mysteres
L’affaire seznec

L’affaire seznec

Après la Grande Guerre, le matériel civil laissé en France par les troupes américaines, dont une centaine de véhicules de marque Cadillac, attire les convoitises. Pierre Quémeneur, conseiller général du Finistère et industriel averti, se lance dans cette affaire juteuse. Le principal débouché est la Russie. Mais son engagement auprès du parti catholique. Antibolchevique, est une barrière qu’il lui est difficile de franchir. Afin de poursuivre son projet, il doit avoir recours à un prête-nom. Il choisit un homme de confiance, son ami Guillaume Seznec, un modeste artisan de Morlaix. Cette histoire en apparence banale est le point de départ du plus grand feuilleton judiciaire de son temps.

Les deux hommes ont rendez-vous le 26 mai 1923 à Paris avec un certain Sherdly, représentant de la chambre de commerce américaine, qui doit leur passer une importante commande. Ils s’y rendent ensemble en Cadillac. Dans la nuit du 27 au 28 mai, Seznec rentre seul chez lui. Il raconte avoir subi plusieurs pannes de voiture et assure son entourage que Pierre Quémeneur a préféré prendre le train seul pour gagner Paris. Mais Quémeneur ne donnera plus jamais signe de vie. Le 10 juin, sa famille prévient la police. Le 13 juin, sa soeur reçoit un curieux télégramme du Havre : « Ne rentrerai à Landerneau que dans quelques jours. Tout va pour le mieux. Quémeneur… La signature a été imitée de manière particulièrement grossière ; pour les enquêteurs, la mise en scène ne peut qu’être destinée à couvrir la mort de Quémeneur. Au Havre, la valise du disparu est miraculeusement retrouvée. Elle renferme un document essentiel pour la suite de l’affaire : une promesse de vente de sa propriété de Plourivo – pour un prix dérisoire de 35 000 francs, le quart de sa valeur réelle -, dont le destinataire n’est autre que Seznec. L’entourage des deux hommes confirme que la propriété est depuis longtemps convoitée par l’artisan. Ce dernier devient tout naturellement le suspect numéro 1.

Un meurtre sans cadavre

Le passé de Seznec le dessert : il est soupçonné d’avoir incendié en 1913 et en 1919 deux magasins lui appartenant pour empocher la prime d’assurance. Une fiche rédigée à l’époque le décrit comme «rusé, procédurier et de mauvaise foi ». Au Havre, où on le soupçonne d’avoir déposé la valise, Seznec est reconnu sur photo par plusieurs témoins, qui jurent l’avoir vu le 13 juin 1923 – avant de se rétracter. Un seul maintient son témoignage : Chenouard, un commerçant, qui certifie lui avoir vendu une machine à écrire de marque Royal, dont l’empreinte typographique correspond à celle de la fausse promesse de vente… À Paris, Seznec subit un interrogatoire pendant cinq jours. Outre les témoignages, les policiers lui opposent la disparition du cric de sa voiture, des traces de sang remarquées sur un bidon d’essence. De plus, le papier ayant servi à rédiger le faux document a été acheté à Morlaix. L’homme nie tout en bloc. On perquisitionne son domicile, en vain. Pourtant, le Pr juillet, il est arrêté. Une nouvelle perquisition – illégale – est menée. Cette fois, l’inspecteur Bonny, un individu controversé, en ressort avec une machine à écrire qui correspond au modèle vendu par Chenouard.

La personnalité de l’accusé plombe la défense

En prison, Seznec se comporte de la pire des manières : il tente d’abord de s’évader puis entreprend d’acheter des témoins. En dépit de l’absence de cadavre, il est inculpé de meurtre avec préméditation. Le procès s’ouvre le 24 octobre 1924 devant les assises de Quimper. Dès le début des débats, Seznec offre une image désastreuse de lui-même : méprisant sur l’essentiel, imprécis sur les détails de l’accusation, il use d’une ironie déplacée sans exprimer de colère. Un témoin dit l’avoir aperçu le 13 juin à la gare de Montparnasse, ce qui confirmerait un départ pour Le Havre, où il aurait pu déposer la valise. François Le Her, receveur d’autobus, affirme quant à lui avoir vu Quémeneur à Paris le 26 mai. Mais Her est un individu fantasque et mythomane ; l’accusation le discrédite rapidement. Alors que le procureur Guyot requiert la peine capitale, l’avocat de la défense essaie de rattraper les maladresses de son client : t Messieurs, ne jugez fautais un homme sur son attitude ! » Le 4 novembre, Guillaume Seznec est condamné aux travaux forcés à perpétuité. La préméditation n’est pas retenue. Il est conduit au camp de la Transportation en Guyane française en 1927, puis transféré au bagne des îles du Salut en 1928.

Rebondissements et tentatives de révision

Juge d’instruction à la retraite convaincu que Guillaume Seznec est victime d’une erreur judiciaire, Victor Hervé entreprend une contre-enquête et interroge de nouveaux témoins. L’équipage d’un dragueur de sable, la Marie-Ernestine, en opération sur le rivage bordant la demeure de Quémeneur à Plourivo au printemps 1923, affirme avoir entendu des coups de feu retentir dans la propriété dans la nuit du 27 au 28 mai. Au début des années 1930, un journaliste se dit certain que Seznec est la victime d’une machination dont l’auteur serait le propre frère de la victime, Louis Quémeneur. Il imagine une scène dans laquelle Pierre Quémeneur,l affaire seznec de retour à Plourivo, aurait tenté de profiter de la maîtresse de Louis ; entraînant la fureur meurtrière de son frère. La famille Quémeneur traîne le journaliste en justice et obtient gain de cause. Rentré en France en 1947 à la suite d’une remise de peine, Seznec ne profite pas longtemps de sa liberté : le 15 novembre 1953, alors qu’il traverse le boulevard de Port-Royal à Paris, où il est venu s’installer avec sa fille Jeanne, il est renversé par un camion et décède après une longue agonie le 13 février 1954.

Durant tout son procès et ses années au bagne, Seznec n’a cessé de clamer son innocence. Ses descendants, et notamment son petit-fils Denis Seznec, ont à maintes reprises sollicité la justice pour rouvrir le dossier et obtenir sa réhabilitation. La loi votée le 23 juin 1989, dite 44 loi Seznec, autorise la révision des cas jugés en assises, sous condition d’apport de faits nouveaux mettant en doute la culpabilité. Pourtant, en 2006, l’annulation de la condamnation de Seznec est rejetée par la Cour de révision. La vérité sur l’affaire Seznec demeurera à jamais dans l’ombre.

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One Comment

  1. Langellier Liliane

    January 19, 2017 at 11:23 am

    “La vérité sur l’affaire Seznec demeurera à jamais dans l’ombre”
    Vous devriez vous renseigner sur mes deux blogs (351 articles écrits sur l’affaire).

    Reply

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