Le choc de la guerre de gaule

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Appelé par les gaulois eux-mêmes pour les défendre d’une invasion helvète, César ne repartira pas. La conquête changea la nature de l’empire romain en le détachant du seul monde méditerranéen pour fonder sa prétention à une domination universelle.

Printemps 58 av. J.-C. Autour de 360000 Helvètes se rassemblent près de Genève. Soumis aux attaques répétées des Germains, victimes d’une série de disettes, ils veulent gagner la Saintonge. Cette migration, ils la préparent depuis trois ans. Deux routes s’offrent à eux : l’une étroite et malaisée passe par le Jura ; l’autre facile traverse le territoire des Allobroges, un peuple remuant que Rome a vaincu et intégré à la Provincia, la Province romaine de Gaule transalpine. Depuis soixante-dix ans, les terres qui s’étendent des Pyrénées au lac Léman, d’Antibes à Toulouse sont propriétés du peuple romain. Accepter le passage des Helvètes, c’est y tolérer d’inévitables désordres. Are : si les Helvètes, inconstants comme le sont les Barbares, changeaient d’avis, ils pourraient se lancer vers l’Italie, à l’exemple des Cimbres et des Teutons, des Germains,les-gaulois-et-les-romains une cinquantaine d’années auparavant. Inconcevable, tranche le tout nouveau gouverneur de la Provincia, également gouverneur de la Gaule cisalpine, l’Italie du Nord, Caius Julius Caesar, qui se rend au-devant des Helvètes, leur barre la route et les dissuade de pénétrer dans son territoire. Reste aux Helvètes la voie du nord, L’empruntant, ils ravagent le pays des Eduens. Aussitôt, ceux-ci demandent du secours à Rome. César, qui a rassemblé cinq légions en Cisalpine, s’avance chez les Ségusiaves (notre Forez) hors de sa province. La guerre des Gaules commence. Avec ce paradoxe : César intervient pour protéger des peuples gaulois. Fin de l’été 51 av. J.-C. Uxellodunum (le Puy d’Issolu dans le Lot), la dernière place forte de la Gaule indépendante, tombe aux mains de César. La guerre des Gaules est terminée : côté romain, une quarantaine de milliers de morts ; côté gaulois, au minimum 600000 à 700000 tués, sans compter les victimes civiles, les blessés, les invalides, les captifs vendus comme esclaves (entre 400 000 et un million), des campagnes dévastées et dépeuplées, des oppida pillés et ruinés. La Gaule de 51 av. J.-C. n’est plus celle de 58 av. J.-C.. La Gaule, ou plutôt les Gaules. Car c’est César qui a imposé pour la première fois la notion de Gaule pour désigner l’espace délimité par la Provincia au sud, le Rhin à l’est, les Océans au nord et à l’ouest. Une décision personnelle alors que des peuples germaniques et celtes se trouvent en réalité des deux côtés du Rhin.

 Ce sont également les Romains qui ont nommé Galli («Gaulois »), les habitants de ces territoires. Eux-mêmes s’appellent Celtae («Celtes»). Ils se répartissent en une soixantaine de peuples qui ne cessent de se faire la guerre. Jamais ils n’ont cherché à établir des structures fédérales, sauf deux. La première est une assemblée qui regroupe des députés de toute la Gaule ; elle se réunit sans régularité, sans lieu attitré et comporte un cérémonial sacré. A plusieurs reprises, César utilisera cette institution pour lui dicter sa loi. La seconde est la réunion annuelle des druides chez les Carnutes (dans la Beauce et l’Orléanais actuels). Ceux-ci examinent des questions religieuses et rendent des jugements : s’ils ne forment pas l’ensemble du personnel religieux gaulois (il y a à côté d’eux les bardes, «des chantres sacrés», et les vates, sacrificateurs et devins), ils ont en revanche le monopole du droit et de la justice.

Parmi ces peuples, en 58 av. J.-C., deux d’entre eux l’emportent par leur puissance et par le nombre de leurs alliés et de leurs clients. Les Eduens (en Bourgogne) et les Séquanes (en Franche-Comté). Avant eux, les Arvernes (de l’actuelle Auvergne) dominaient. Défaits par Rome en 121 av. J.-C., ils ont perdu leur autorité et abandonné la royauté pour un système politique oligarchique.

 Les Romains connaissent bien les Gaulois. Ils savent qu’il y a longtemps, un peu moins de trois cent cinquante ms, l’une de leurs armées a pris Rome et que Brennus, leur chef, a *Juté l’insolence à l’humiliation en Jetant son épée pour alourdir la balance qui pesait l’or qu’il avait exigé. Ils savent aussi combien il leur en a coûté de maintenir au nord de l’Italie pendant deux siècles, le IV’ et le or, ces Barbares venus du nord, qui hurlent, combattent nus, se moquent des règles établies et méprisent le droit. ils se souviennent aussi que des Gaulois ont été mercenaires de Carthage au cours de la première guerre punique avant d’être les alliés d’Hannibal au cours de la deuxième, qu’ils n’ont cessé de menacer Massalia (Mamelle)  au 2eme siècle av. J.-C., et qu’il a fallu l’intervention de Rome en 125 av. J.-C. pour garantir l’indépendance de cette cité grecque, une alliée fidèle. Deux régions gauloises, la Cisalpine (l’Italie du Nord) et la Transalpine, conquises la première au début du IP siècle av. J.-C., la seconde entre 125 et 120 av. J.-C., sont devenues vers 80 av. J.-C. de véritables provinces romaines : les «deux Gaules», dra Cicéron en 56 av. J.-C. Dans les deux cas, l’aristocratie gauloise a vite adopté les usages et le mode de vie de Rome. Contrairement aux Germains, ces guerriers paraissent donc éducables et perfectibles. La preuve ? Certains ont reçu la citoyenneté romaine. A Rome, on oppose alors la « Gaule en toge » à la «Gaule chevelue», celle qui demeure indépendante.

Pourtant, dans l’imagerie populaire romaine, les Gaulois demeurent des guerriers, pillards, courageux, indisciplinés, imprévisibles. Qui collectionnent les têtes de leurs adversaires à l’encolure de leurs chevaux ou les clouent à l’entrée de leurs maisons. Image dépassée que les politiques utilisent sans vergogne pour effrayer.

En 58 av. J.-C., la plupart des Gaulois sont d’abord des paysans, des éleveurs plus que des chasseurs, et des artisans habiles, productifs, inventifs. Dans un pays aux forêts défrichées, ils ont tissé un réseau d’exploitations agricoles et dessiné un parcellaire. Ces fermes sont complétées par des villages épars et de vastes villes ceintes de remparts, centres économiques, politiques et religieux d’un peuple, reliées par des chemins praticables. Ainsi Bibracte, la puissante capitale des Eduens, ou ces trots sites armes, Gergovie, Gondole, Corent, qui formaient peut-être les trois pôles fonctionnels d’une même agglomération (lire p. 79). C’est là et dans les points de passage (Chalon-sur-Saône, Macon) que s’installent des commerçants et des négociants venus de Marseille, de Transalpine, d’Italie, et dont les Gaulois contrôlent les activités. Mercure, du moins le dieu que César qualifie ainsi, n’est-il pas, selon lul, le dieu qu’Is honorent le plus, l’inventeur de tous les arts, le guide des routes et des voyageurs et «celui, qui a le plus d’efficacité pour le commerce» ?

Pour faciliter les échanges, à la fin du Q» siècle av. J.-C., quelques peuples de Gaule centrale ont aligné le poids de leur monnaie sur le denier romain. Les historiens parlent d’une «zone denier». A contrario, au nord-est, chez les Belges, agglomérat de peuples celtes et germaniques, les commerçants sont rares et les vertus militaires des Belges passent pour redoutables car elles sont moins amollies par les produits venus du Sud. Une réalké et un lieu commun, la version antique du mythe du «bon sauvage» cher au XVI1P siècle. Les Gaulois importent quoi qu’il en soit du vin d’Italie et de la Prouincia (plus d’une dizaine de millions d’hectolitres, entre 150 et 50 av. J.-C.) des objets de luxe, de la céramique. En contrepartie, Ils fournissent des esclaves, de l’étain, des peaux, des bœufs, du sel. Rome est plus un partenaire qu’un ennemi.

L’Occident romain aux limites du monde connu

Du coup, des peuples gaulois passent des alliances avec elle : dès le début du W siècle av. J.-C., les Eduens sont liés à Rome dont ils se disent «frères de sang. Et ces peuples suivent attentivement la politique romaine au point d’intervenir dans le fameux complot de Catilina en 63 av. J.-C. : ce sont les Allobroges, venus protester à Rome contre les dettes publiques et privées qui les accablaient et qu’un complice de Catilina avait contactés, qui dévoilèrent le complot en fournissant des preuves écrites de ce que tramaient les conjurés. Ils choisirent le parti de la légalité, sans en être remerciés : l’année suivante, ils reprirent les armes. Le seul druide dont l’histoire ait retenu le nom, l’Eduen Diviciacos, a été reçu à Rome par le sénat et s’est entretenu avec Cicéron qui a loué ses connaissances et sa sagesse. Il deviendra le plus fidèle allié de César. La Gaule centrale est ainsi, insensiblement, passée dans la sphère méditerranéenne sous domination romaine. Conséquence imprévue : à l’intérieur de chaque peuple et parfois d’une même famille s’opposent proromains et antiromans, tel Dumnorix, le frère de Diviciacos qui ne cessera de comploter contre César, qui le tuera en 54 av. J.-C.jules_cesar

 Lorsque César pénètre dans les Gaules indépendantes, ces pays lui sont certes inconnus. Mais il a lu les auteurs qui en ont parlé, il a écouté les marchands romains qui les ont sillonnés, il a parcouru Transalpine et Cisalpine. En bon général, il examinera lorsqu’il le pourra la sûreté et la rapidité des itinéraires, se préoccupera des points de ravitaillement et des possibilités d’approvisionnement. Un souci colossal : en 52 av. J.-C., César devra trouver 100 tonnes de blé par tenter la Fortune ? Ou en sachant qu’il l’emportera ? Les historiens se divisent sur le personnage et sur ses intentions. César reste un objet de fascination et un mystère.

 Il sait qu’à long terme, il ne peut perdre cette guerre : il a derrière lui l’Empire romain et ses ressources infinies. Il compte sur ses légionnaires, 4200 par unité, des fantassins pour l’essentiel, tous citoyens romains, qu’encadre un corps d’officiers de qualité, les centurions, 60 par légion, et des légats (un par légion) dont certains, tel Labienus, se révèlent excellents manœuvriers. Ces hommes savent tout faire : ils deviennent marins, maçons, bûcherons, pontonniers, artilleurs. Des soldats entraînés, des professionnels de la guerre : chacun connaît la place qu’il doit tenir pour dresser un camp fortifié, se placer dans une tente, s’aligner au combat ou aller fourrager. Tout est réglementé et hiérarchisé, même l’octroi du butin. L’armement personnel tend à se standardiser : casque, cotte de mailles, bouclier long légèrement incurvé, javelot (le pilum), glaive court, poignard. Chaque légion porte un numéro et a un aigle pour emblème. Elle est appuyée par des corps auxiliaires tels les frondeurs des Baléares et par des mercenaires comme ces cavaliers germains qui joueront un rôle essentiel lors du siège d’Alésia. Avec les auxiliaires, les valets, palefreniers et esclaves, les bêtes de somme et la remonte, les milliers de chariots qui transportent les machines de guerre démontées, les réserves de vivres et de fourrage, les armes de parade et de rechange, les biens et les bagages des hommes, le butin, dix légions qui se déplacent s’étirent sur 30 kilomètres ! D’année en année, cette implacable mécanique de guerre s’améliore et s’adapte sous le commandement suprême de César. S’il exige beaucoup de ses hommes, centurions et simples soldats, si ces derniers grognent, ils lui sont cependant dévoués avec fanatisme.

Face à eux, les Gaulois font figure d’amateurs. En dehors de quelques mois en 52 av. J.-C., ils ne seront jamais unis, chaque peuple opposant son armée à l’armée romaine. Au combat, en bivouac, ils se rangent par communauté d’origine sous leurs enseignes. Deux groupes les composent. D’une part, jour pour dix légions ! Le nombre de ses légions variera tout au long des huit années de guerre : cinq puis six en 58 av. J.-C., onze en 51 av. J.-C.

La conquête fut-elle préméditée, planifiée ? On l’a assuré. Rien n’est moins certain. César n’a aucun plan global. Il est à Rome lorsqu’il apprend le mouvement des Helvètes et ses légions sont alors massées au nord-est de l’Italie, tournées vers le moyen Danube d’où venait, pensait-il, le danger et où il croyait devoir intervenir. Il saisit l’occasion qui se présente. Un prétexte ? Mais légitime, même s’il grossit le danger. Puis un enchaînement de circonstances ne lui permet plus de reculer. Il y trouve d’ailleurs des avantages : gagner la gloire militaire qui lui manque, qui en fera l’égal de son rival Pompée et qui sera le signe de la faveur que les dieux lui accordent ; se forger une armée de partisans prêts à le suivre si la guerre civile qu’il pressent se déclenche ; amasser une fortune indispensable pour poursuivre son destin politique à Rome. Derrière les opérations qu’il conduit en Gaule, César ne perd jamais de vue la politique romaine dans laquelle l’aristocratie se noie en querelles personnelles, en ambitions médiocres et égoïstes. Malgré tout, le sénat de Rome soutient son entreprise : elle pourra conforter un glacis de protection face aux Barbares et ouvrir de nouveaux marchés au grand commerce. Avec lui, l’Empire romain va s’accroître de plus de 30 % et l’Occident romain se détacher du monde méditerranéen pour tendre à se confondre avec les limites du monde connu. César en a-t-il conscience ? Veut-il seulement montrer de quoi il est capable ? A-t-il souhaité simplement étendre les marches protectrices de Rome et de l’halle? Ou vise-t-il plus haut ? Cherche-t-il à imprimer à ses actions la liberté qui est la sienne et avec laquelle il dirige et décide de ce qui doit arriver, pour lui et pour Rome ? Lance-t-il les dés pour une élite entraînée qui présente des effectifs stables et qui se charge de son équipement : ce sont les nobles, les gequites », dit César. Ils combattent à cheval, entourés de leurs clients. Cette cavalerie renommée sert parfois dans les armées romaines comme auxiliaire. D’autre part, les fantassins, la piétaille, des hommes libres, devenus soldats le temps d’une campagne. Leurs chefs, les équités, les fournissent en armes, nourriture et solde. Ils n’ont pas d’uniforme et leurs armes, variées et de qualité, sont très proches de celles du soldat romain : une longue épée qui frappe de taille, une lance ou une pique, parfois une cotte de mailles (une invention celte) et un casque, un bouclier ovale, plat, plus long que large. Des braves, sans expérience guerrière, sans instruction militaire particulière, sans intendance, sans ordre de marche. Avec des manœuvres collectives primaires : des cris et des vociférations pour effrayer l’ennemi, des charges massives où le nombre l’emporte, puis des duels. Ils sont ingénieux mais ignorent une discipline stricte et ne construisent pas de camp. C’est Vercingétorix qui imposera ces usages, un indice qui, joint à d’autres, laisse penser qu’il servit au début du conflit dans la cavalerie auxiliaire que les Arvernes avaient fournie à César.

La plus importante coalition gauloise jamais connue

 La guerre dura huit années. Sauf exception, on ne combat pas de la fin septembre à la mi-mars : César retourne alors administrer ses provinces, ses officiers s’en vont à Rome et ses troupes cantonnent. En outre, il s’agit d’un ensemble de guerres régionales, sans lignes de front, qui opposent un peu-ple (quelquefois plusieurs) à un nombre limité de légions. L’année 52 av. J.-C. et les effectifs engagés à Alésia constitueront des anomalies. Qu’on en juge, année par année.

Année 58 av. J.-C. César bat les Helvètes, près de Bibracte ; les 110000 survivants regagnent leurs montagnes. Des chefs gaulois se plaignent à César des méfaits d’Arioviste, un chef germain, et lui demandent de l’aide. Echec des négociations : César affronte Arioviste et le bat dans le sud de l’Alsace. Ses troupes prennent leurs quartiers d’hiver chez les Séquanes, hors de la Prouincia.

Année 57 av. J.-C. Craignant que César ne s’installe en Gaule, les peuples de Belgique conspirent, sauf les Rèmes, en Champagne, qui seront des alliés précieux. Avec six légions, César fonce sur les Belges, les met en déroute et les soumet pendant que l’un de ses lieutenants gagne l’Armorique (notre Bretagne).

Année 56 av. J.-C. La légion qui hiverne en Armorique est cernée par les Vénètes (dans la région de Vannes) qui animent une coalition antiroman des «peuples de l’Océan». César construit une flotte et vainc les Vénètes dans le golfe du Morbihan. Des opérations en Normandie, en Aquitaine et dans les Flandres complètent cette victoire. Toutes les côtes des Gaules sont sous contrôle romain.

 Année 55 av. J.-C. Deux peuplades germaniques passent le Rhin. Elles pillent mais attirent des peuples gaulois. Pour impressionner les uns et dissuader les autres, César jette un pont sur le Rhin, près de Coblence, conduit une expédition de dix-huit jours en Germanie, revient et coupe le pont. Pendant l’été, il traverse la Manche avec deux légions, repousse la charrerie bretonne, s’en retourne et hiverne en Belgique. Rome est éblouie : pour la première fois un général romain a surmonté deux obstacles naturels qui la pétrifiaient !

Année 54 av. J.-C. Le débarquement de 55 av. J.-C. n’était qu’un prélude. César réunit 800 navires à Boulogne, franchit la Manche, s’installe près de Douvres, s’empare d’un oppidum situé au-delà de la Tamise. De retour en Gaule, il disperse ses huit légions à cause d’une pénurie de blé. Eparpillées, elles sont vulnérables. Une révolte éclate dans le nord-est. Une légion est anéantie. Contrairement à son habitude, César hiverne en Gaule.

Année 53 av. J.-C. César s’attend à un soulèvement général. Il a maintenant dix légions et entre en campagne plus tôt qu’à l’ordinaire. Il ravage le territoire des peuples belges révoltés, en extermine certains, repasse le Rhin et part en Italie.

Année 52 av. J.-C. A Rome, la situation s’est dégradée. Les chefs gaulois le savent. Ils préparent en secret une insurrection générale. Les Carnutes prennent la tête du mouvement, massacrent à Orléans les marchands romains qui approvisionnent César. La nouvelle parvient au pays arverne où Vercingétorix prend le pouvoir et tue les Romains qui s’y trouvent. Autour de ce jeune noble qui reçoit le commandement suprême se forme une coalition gauloise, la plus importante jamais connue. Il a une double stratégie : faire pression sur la Transalpine et priver César de ravitaillement, la tactique de la «terre brûlée». La réaction de César est foudroyante. Il organise la défense de la Cisalpine, franchit les Cévennes enneigées, déboule en pays arverne, y sème la terreur, pique sur Vienne, y trouve de la cavalerie, remonte chez les Lingons, y récupère deux légions, concentre ses troupes à Sens, met à sac des oppida chez les Sénons, les Carnutes, et fond sur Avaricum (Bourges) la place forte des Bituriges défendue par 40000 hommes. Cédant aux prières des Bituriges, Vercingétorix décide de défendre la ville. Sans succès : César l’enlève après vingt-sept jours de siège. Il divise alors son armée. Labienus, avec quatre légions, file vers le nord et bat les Parisii près de Lutèce. Quant à lui, avec six légions, il se dirige vers Gergovie, la capitale des Arvernes, où s’est retranché Vercingétorix. Premier échec du Romain : desservi par la topographie, l’indiscipline de ses troupes, la confusion de ses auxiliaires avec l’ennemi, il ne parvient pas à emporter la place.

Une politique habile et intelligente pour rallier les anciens ennemis

Les Eduens, alors, le trahissent et rallient Vercingétorix, qui est confirmé dans son autorité suprême à Bibracte. Il lance trois corps d’armée sur la Provincia, contraignant César à se replier autant pour la secourir que pour ne pas être coupé de ses bases arrière dans un pays devenu hostile. L’armée est découragée, d’autant qu’il lui faut faire un énorme détour pour contourner le pays des Eduens. César pique vers le nord. Il retrouve Labienus au-delà de Sens (vers Avrolles ?). Comme il n’a plus d’auxiliaires gaulois ni de cavalerie, il fait venir des cavaliers de Germanie puis cherche à prendre la route du sud, vers les Séquanes, en faisant un crochet à travers le pays de ses alliés lingons. En marche, son armée s’étire, ses bagages l’encombrent. Vercingétorix qui a coupé par le Morvan le suit de près. Est-ce le moment de surprendre l’ennemi ? L’Arverne le pense. Il lance contre les Romains ses 15000 cavaliers. C’est cette fois l’échec, imprévu : les cavaliers germains ont fait la différence. Vercingétorix se replie dès lors sur Alésia, talonné par César. Le lendemain, le Romain campe devant l’oppidum. «S’étant rendu compte de la force de la position, et voyant, écrit César, que l’ennemi était terrifié, parce que sa cavalerie, qui était l’arme sur laquelle il comptait le plus, avait été battue, César exhorta ses soldats au travail et entreprit l’investissement de la place.» Le siège d’Alésia commence.

 On sait l’issue de la guerre qui s’achève en 51 av. J.-C. La Gaule chevelue ne fut pas immédiatement organisée en provinces, la guerre civile entre Pompée et César requérant toutes les énergies. Les Gaules s’en tinrent à l’écart. César avait su rallier nombre de chefs gaulois et n’avait pas imposé un prélèvement important (40 millions de sesterces), il avait rendu aux Eduens et aux Arvernes 20000 prisonniers, laissé certains peuples libres et exempts de tributs, et avait pardonné aux Eduens leur défection. Bref, une politique intelligente et habile qui lui avait gagné la confiance de ses anciens ennemis : loin de profiter de la guerre civile pour secouer le joug, ils apportèrent à leur vainqueur leur soutien en fournissant des cavaliers et des fantassins. En 46 av. J.-C, César célébra son quadruple triomphe. Au terme de celui qui commémorait sa victoire sur les Gaules, Vercingétorix fut étranglé dans sa prison. Auguste divisa la Gaule chevelue en trois provinces (la Belgique, la Lyonnaise, l’Aquitaine) transformant globalement les peuples mentionnés par César en cités, en ciuitates, et conservant sous une autre forme le Conseil des Gaules. Au Pr siècle apr. J.-C., ces provinces connurent deux révoltes importantes. En 21, pour des raisons fiscales, un noble éduen et un noble trévire, tous deux citoyens romains, tentèrent de les soulever. En 70, profitant des troubles qu’avait suscités la mort de Néron et les guerres civiles qui en étaient la conséquence, trois nobles, un Trévire, un Lingon et un Germain, essayèrent de former un « empire des Gaules». Dans les deux cas, des forces années durent interveempire-romannir, en particulier en 70 où des camps de légions furent pris et des villes brûlées.

Or, en mai de cette même année, alors que rien n’était encore tranché, une assemblée des cités des Gaules se réunit à Reims «pour délibérer en commun sur la question de savoir si l’on voulait la liberté ou la paix». Aucun représentant du pouvoir romain n’y assistait.
A la suite de débats animés où s’exprimèrent les partisans des deux solutions, les peuples gaulois choisirent «au nom des Gaules» de renoncer à leur indépendance et de rester dans la fidélité à Rome. Comme s’il n’existait plus à leurs yeux d’alternative à l’ordre romain.

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