L’enlèvement et le meurtre du bébé Lindbergh, une tragédie américaine

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Grand conquérant de l’Atlantique, qu’il a traversé pour la première fois le 21 mai 1927 à bord de son Spirit of St. Louis, l’aviateur Charles Lindbergh est un héros américain à la notoriété inégalée. Ainsi, le 27 juin 1930, la naissance de son premier fils, prénommé Charles Augustus, est un événement pour tout un pays. Nul ne prédisait alors au plus célèbre enfant des États-Unis le triste destin qui va être le sien. Sa disparition mystérieuse, le r mars 1932, est vécue comme un drame national. Pendant plus de deux mois, l’Amérique partage la peine des Lindbergh et suit pas à pas les revirements d’une enquête portant sur le fait divers le plus retentissant de l’histoire du XXe siècle.

Le petit Charles Augustus, âgé de 20 mois, dort à l’étage de la maison du couple Lindbergh à Hopewell, dans le New Jersey. Vers 22 heures, ses parents, installés dans le salon, entendent un craquement à l’extérieur, qu’ils jugent insignifiant. Peu après, la nurse, une Anglaise du nom de Betty Gow, découvre le lit vide… Le bébé est introuvable. Lorsque le colonel Lindbergh monte à son tour, la situation lui semble claire : des traces de boue recouvrent le sol de la pièce ; à l’extérieur, une échelle est encore en place sous la fenêtre. Son fils vient d’être kidnappé. Il retrouve une enveloppe déposée sur un radiateur. L’auteur de la lettre exige 50000 dollars et, dans un anglais approximatif, pose ses conditions : « Dans deux-quatre jours, nous vous informerons où vous porterez l’argent. Nous vous avertissons de ne pas prévenir la police… » Au bas de la lettre, une curieuse signature : deux cercles, un rouge et un bleu, entrelacés et percés de trois trous. L’opinion publique américaine est prise d’une intense émotion à l’annonce de la disparition. Son dévouement va alourdir l’enquête : la police croule sous les lettres de dénonciation et les témoignages plus ou moins sérieux.

Une enquête rocambolesque

Les enquêteurs se mettent à la recherche d’indices. Ils constatent que le sixième barreau de l’échelle est brisé, ce qui indiquerait que l’homme est tombé. Un ciseau de menuisier est retrouvé. Si aucune empreinte n’est relevée, le contenu de la lettre se révèle instructif : le ternie fautif de « gut », déformation de « good », désigne un auteur de langue germanique. Les policiers s’intéressent au petit ami de Betty Gow, un marin norvégien nommé Henry Johnson, qui est arrêté le 4 mars. Celui-ci possède une Chrysler correspondant à la description de certains témoins. Mais Johnson a un alibi solide. C’est alors qu’un inconnu, le Pr Condon, déclare à la presse vouloir agir comme intermédiaire. À la stupéfaction générale, le vieil homme est contacté par les ravisseurs. Le 2 avril, un rendez-vous est fixé dans un cimetière de New York. La police, tenue à l’écart, obtient de marquer les numéros des billets. L’homme qui se présente a le visage dissimulé et un accent allemand. Condon récupère une lettre localisant l’enfant : « Sur le bateau Nelly, sur l’île de Martba’s Vineyard, a Lindbergh saute sans attendre dans son avion et scrute le littoral pendant des heures sans trouver trace du bateau.

Tragique dénouement

Le 6 avril, les Lindbergh déposent officiellement plainte. Les banques sont immédiatement informées des numéros des billets livrés au ravisseur. En proie au désespoir, les parents se raccrochent à la seule piste encore ouverte : un homme, John Hugues Curtis, a déclaré le 22 mars savoir où se trouvait l’enfant. Le 18 avril, Curtis transmet à la presse une description des ravisseurs : des Scandinaves, trois hommes et deux femmes. Ceux-ci se cacheraient dans un bateau de pêche vert. Lindbergh, pendant trois semaines, recherche activement le bateau dans la baie de Norfolk, sans succès. Le 9 mai, la marine lui envoie près de 70 navires. Trois jours plus tard, Lindbergh comprend qu’il a été floué par des affabulateurs. Il se retire sur sa propriété de Hopewell. À peine arrivé, le 12 mai 1932, il apprend que le corps de l’enfant a été découvert dans un fourré à deux pas de la maison. L’autopsie révèle que la mort remonte à environ deux mois et demi, soit probablement la nuit de l’enlèvement. Le décès a été causé par un enfoncement de la boîte crânienne, conséquence probable de la chute de l’échelle. Les kidnappeurs ont poussé l’infamie jusqu’à dissimuler l’accident et à réclamer la rançon en dépit de la mort de l’enfant…

Un suspect nommé

Hauptmann Début juin 1932, un premier billet de la rançon est perçu par une banque du Bronx à New York. L’homme semble prudent il utilise les billets avec parcimonie, si bien qu’il est difficile pour les commerçants de l’identifier. Le 15 septembre, un homme se rend chez un pompiste et paie avec un autre billet marqué. Le commerçant le connaît bien : il s’appelle Bruno Hauptmann, c’est un immigré allemand et il est menuisier… Au chômage depuis le début de l’année, il mène un train de vie somptuaire. L’affaire est relancée. Le reste de la rançon est découvert chez le suspect. Entre-temps, un examen de l’échelle a établi avec certitude qu’elle provient de la National Lumber Company, entreprise dans laquelle Hauptmann a travaillé. De plus, il manque un ciseau de menuisier dans l’outillage personnel du suspect. Le numéro de Condon est également retrouvé inscrit sur la porte d’un de ses placards. Enfin, un graphologue affirme que l’accusé est bien l’auteur des lettres. Alors que les preuves s’accumulent, Hauptmann continue de nier farouchement. Son procès s’ouvre le 2 janvier 1935 à Flemington, dans le New Jersey. Le 13 février 1935, il est reconnu coupable de crime avec préméditation et condamné à mort.lindbergh

Après de multiples recours sans suite, Bruno Hauptmann meurt sur la chaise électrique le 3 avril 1936. L’accusation ne parviendra jamais à établir s’il a pu compter sur un ou des complices. Quelques personnages du dossier font l’objet de soupçons : le Pr Condon, homme providentiel assez louche, Violette Sharp, femme de chambre des Lindbergh qui s’est suicidée pendant l’enquête, ou encore un certain Isidor Fisch, compatriote de Hauptmann, qui lui aurait légué tous ses biens avant de mourir. Dans cette affaire atypique, une seule certitude : Hauptmann est coupable. Mais est-il le seul coupable ?

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