Marcel Petiot, le docteur Satan

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Il est l’un des plus terrifiants criminels de l’histoire judiciaire française. Marcel Petiot, un médecin estimé de ses patients, succombe entre 1942 et 1944 à une véritable folie meurtrière, assassinant sans pitié au moins 24 personnes. En 1946, son procès dans une France encore marquée par l’occupation allemande fait écho aux crimes de la Collaboration et attise l’esprit de revanche des anciens résistants. Le tempérament pervers et l’intelligence froide de Petiot suscitent autant l’effroi que son mode opératoire : l’utilisation de chaux vive et la crémation des corps des victimes, majoritairement juives, choquent profondément l’opinion publique, qui découvre au même moment les horreurs de la Shoah.

Marcel Petiot est né à Auxerre le 17 janvier 1897. Enfant précoce, il fait preuve d’un esprit pervers dès son plus jeune âge et d’une irrépressible kleptomanie. En 1915, après avoir décroché à 18 ans son baccalauréat, il sert au front dans un régiment d’infanterie. Blessé en 1917, il est réformé pour déficience mentale. Devenu médecin, il s’établit dans le village de Villeneuve-sur-Yonne. Son excellente réputation est ternie une première fois par la découverte de ses relations avec sa domestique, Louisette ; cette dernière disparaît peu après dans l’incendie de sa maison. En juin 1927, il se mark avec Georgette Lablais, une fille de restaurateurs parisiens implantés près du palais Bourbon. Cette proximité avec le pouvoir le pousse à se lancer en politique. Avec panache, il est élu maire de Villeneuve-sur-Yonne à la tête d’une liste de républicains de gauche. En 1930, une femme est retrouvée sauvagement mutilée. L’unique témoin meurt peu après suite à une injection contre les rhumatismes administrée par Petiot… Notable de sa ville, le docteur n’est pas inquiété en dépit des soupçons. En 1933, il s’installe à Paris, près de la gare Saint-Lazare, et se forge vite une réputation de praticien compétent et dévoué.

Un notable aux multiples zones d’ombre

Arrêté en avril 1936 pour un banal vol à l’étalage, il s’emporte violemment contre les policiers. Un psychiatre le juge déséquilibré et dépressif Il le fait interner pendant un mois dans une clinique d’Ivry, où un diagnostic approfondi est réalisé par trois spécialistes : l’homme est déclaré « intelligent, de volonté forte, nettement pervers et amoral, exempt de troubles mentaux, grand illusionniste. […1 Les anomalies psychiques que l’on peut relever chez lui ne sont pas de nature à atténuer sa responsabilité pénale Ils lui découvrent également une insensibilité anormale à la douleur physique. À sa sortie, poursuivant son existence comme si rien ne s’était passé, docteur petiot fait prospérer son cabinet et mène une vie de famille normale. En mai 1941, il achète un hôtel particulier de la rue Le Sueur, dans le XVI` arrondissement. S’il n’y emménage pas avec sa famille, d’étranges travaux sont entrepris : le mur de la cour est surélevé pour empêcher toute vue, un petit cabinet médical est installé au rez-de-chaussée, flanqué d’une inquiétante pièce aveugle munie d’un judas. La cave est aménagée, pourvue de cloisons et de doubles portes ; une immense chaudière y est installée.

La filière argentine du Docteur Eugène

En 1942, Joachim Guschinovv, marchand de fourrures de la rue Caumartin, est abordé par docteur petiot, qui lui propose de l’extrader vers l’Argentine pour la somme de 75000 francs. L’argumentaire est rodé, aucun détail n’est laissé au hasard. Le 2 janvier, Guschinow quitte sa famille. Peu de temps après, Petiot entre en contact avec Eryane Kahan, une Roumaine d’origine juive. Cette femme au grand coeur va devenir malgré elle la complice du Docteur Eugène… Celle-ci le met en contact avec des amis juifs : les Wolff, Basch, Stevens, Anspach, Braunberger, Dreyfus ou encore Kneller. Deux membres de la Gestapo française, Adrien Estébétéguy et Joseph Réocreux, compromis dans des affaires de détournement, disparaissent à leur tour. Cette fois, l’événement ne passe pas inaperçu. Yodkum, chargé de la spoliation des biens juifs à la Gestapo, entreprend de démanteler la filière. Berger, chargé du contre-espionnage et de la lutte contre la Résistance, est également sur la piste de docteur petiot. Le 21 mai 1943, le « Docteur Eugène, est arrêté. Affreusement torturé, il refuse de parler, aidé par son insensibilité à la douleur. Dépités, les Allemands décident de le maintenir en prison jusqu’en janvier 1944.

Le cabinet macabre livre ses secrets

Le 11 mars 1944, des policiers appelés par des voisins en raison d’une odeur étrange découvrent le charnier de la rue Le Sueur. Des ossements appartenant à cinq hommes et cinq femmes sont retrouvés, ainsi que 19 scalps. Petiot, sur place, se fait passer pour son frère Maurice et prend la fuite. Tandis que Georgette et le véritable Maurice Petiot sont arrêtés, le fugitif s’enrôle dans les FFI du Xème arrondissement et participe aux combats pour la libération de Paris. Le 31 octobre 1944, il est démasqué par sa hiérarchie et remis à la police judiciaire. Inculpé de 27 meurtres, docteur petiot tente de se présenter comme un résistant actif et soutient n’avoir supprimé que des ennemis de la nation. Mais, le 3 mai 1945, deux responsables de la Résistance écartent tout lien de subordination avec l’accusé. Sa couverture vole en éclats, et le procès s’ouvre le 18 mars 1946 devant les assises de Paris. Le prévenu paraît sûr de lui, mais l’audience bascule quand, poussé dans ses derniers retranchements par Me Véron, avocat de la famille Dreyfus, il perd son calme et rugit : « Vous êtes l’avocat des juifs Taisez-vous s Celui qui se prétendait l’ami des juifs vient de prouver son antisémitisme.

Le 4 avril 1946, Marcel Petiot est reconnu coupable de 24 des 27 meurtres et condamné à mort. Criminel de droit commun aux yeux de la justice, il doit titrer exécuté par guillotine et non fusillé, supplice réservé à l’époque aux traîtres et aux collaborateurs. L’énoncé du verdict n’entraîne aucune réaction de sa part. Son pourvoi en cassation ayant été rejeté le 16 mai, il est exécuté publiquement le 25 mai devant la prison de la Santé. Au magistrat qui lui demande au moment de monter sur l’échafaud s’il a quelque chose à déclarer, il aurait répondu : «Je suis un voyageur qui emporte ses bagages. »

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