Marie Besnard, la bonne dame de Loudun

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avant l’âge ? C’est ce qu’affirme la rumeur à Loudun, petite ville du Poitou hantée par les légendes de sorcières et les procès d’Inquisition qui ont marqué son histoire. En décembre 1961, au terme de dix années d’un feuilleton judiciaire aux rebondissements multiples, Marie Besnard, menacée de la peine capitale, est finalement acquittée par la cour d’assises de la Gironde. L’instruction s’est ruinée en expertises et contre-expertises pour aboutir à un non-lieu par manque de preuves. L’Affaire a modifié la perception des données issues de la toxicologie et justifié des réformes de la procédure pénale.

Née le 15 août 1896, Marie Besnard, de son nom de jeune fille Davaillaud, épouse par amour son cousin Auguste Antigny, qui décède en 1927 de la tuberculose. La jeune veuve épouse Léon Besnard deux ans plus tard et ne tarde pas à prendre toute la mesure des rapports tumultueux qu’entretiennent entre eux les membres de sa belle-famille : les éclats de voix percent souvent les murs de la demeure familiale, au point que les décès qui se succèdent à partir de 1938 ne surprennent personne et alimentent les pires rumeurs. Le patron des pompes funèbres de la commune prend l’habitude d’en plaisanter : « Les Besnard sont mes meilleurs clients. » Léon Besnard meurt le 25 octobre 1947 d’une violente crise d’urémie. À ce moment intervient Mme Pintou, employée des postes et transmissions et ancienne locataire des époux Besnard. Expulsée de son logement par Marie Besnard, qui lui reproche d’avoir pris la désagréable habitude d’écouter ses conversations téléphoniques, celle-ci confie à Auguste Massip, propriétaire du château de Montpensier et délateur confirmé, que Léon Besnard, de son vivant, lui a dit avoir vu sa femme « servir de la soupe dans une assiette où se trouvait déjà un liquide ».

La rumeur se déchaîne : massacre méthodique à l’arsenic

 Les corps des autres victimes présumées sont exhumés. Les résultats toxicologiques sont accablants : les 12 cadavres analysés contiennent tous de l’arsenic à forte dose. La dépouille de la propre mère de Marie Besnard présente 48 mg d’arsenic. Quant à Auguste Antigny, son premier mari, mort prématurément, il en contient 6 me. Le 21Marie-Besnard juillet 1949, à 7 heures du matin, le commissaire principal Nocquet, de la police judiciaire de limoges, se présente au domicile de Marie Besnard et lui signifie son état d’arrestation. Le premier procès s’ouvre à Poitiers le 20 février 1952. Les voisins de l’accusée se relaient à la barre pour témoigner de sa lubricité, de son avarice et de sa méchanceté. Mais, dès le début de l’audience, des problèmes de procédure sont soulevés par les avocats et toxicologues : certains remettent en cause les techniques utilisées pour le calcul du taux d’arsenic dans les tissus des victimes. Le sérieux du travail du Dr Béroud est clairement mis en cause. Le doute est tel que le procès est renvoyé dans l’attente d’une seconde exhumation des corps. Cependant, 6 des 12 corps que le Dr Béroud a analysés sont déclarés trop dégradés pour faire l’objet de nouveaux examens.

La médecine légale mise en défaut

Un deuxième procès débute le 15 mars 1954. 11 ne s’agit plus du procès de Marie Besnard mais de celui de la médecine légale. Car les nouveaux résultats laissent tous autant perplexes magistrats comme spécialistes. Le Dr 011ivier résume l’impasse dans laquelle se trouve la science criminelle : « La toxicologie doit reconnaître et accepter ses limites, les renseignements qu’elle fournit aux médecins légistes perdant leur rigueur scientifique et devant être interprétés avec prudence. »  Chacune des parties sort des débats avec plus de questions que de réponses. Pour Marie Besnard, l’essentiel est sa remise en liberté, prononcée le 12 avril 1954. Des proches et sympathisants réunissent les 200 000 francs de caution. Elle sort de prison et retrouve sa maison de Loudun. Un troisième procès doit avoir lieu en 1958. C’est Le procès de la défense. Marie Besnard est décrite comme « anormalement normale par la psychiatrie. Une nouvelle fois, les arguments des experts sont démontés et leur manque de sérieux décrié. Sans l’appui des certitudes scientifiques, l’accusation se délite d’elle-même. Le 12 décembre 1961, Marie Besnard est acquittée de toutes les accusations portées contre elle.

En 12 années de procédure, la montagne a accouché d’une souris. Marie Besnard a été lavée de tout soupçon par insuffisance de preuves à charge. Son procès a fondamentalement remis en cause la toute-puissance de la preuve scientifique dans les affaires criminelles. Au moment de son acquittement, en décembre 1%1, ses accusateurs sont morts ou se sont rétractés. Ne restent que le doute et ce sobriquet de « sorcière de Loudun » à jamais associé à son nom. Libre, elle décède le 14 février 1980, à l’âge de 83 ans. L’affaire Marie Besnard reste l’une des plus grandes énigmes judiciaires françaises.

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