Ramses II le promoteur

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Afin d’immortaliser son règne, Ramses II fit bâtir de somptueux monuments depuis le Delta jusqu’à la Nubie. Parmi eux, le prestigieux Ramesseum, à Thèbes.

Issu d’une famille de militaires, Ramsès II, dit Ramsès le Grand, monta sur le trône en mai 1279 avant notre ère, pour un règne de près de 67 ans. En l’an 5, il prend le chemin de la Syrie avec une armée de 24 000 hommes, et rencontre à Qadesh la confédération hittite qui menaçait l’Égypte. Législateur de talent et fin diplomate, il signa en l’an 21 un traité de paix avec Hattousili III et, pour rapprocher les deux empires, prit pour épouse la fille aînée de ce roi, en l’an 34- Bâtisseur infatigable, Ramsès II construisit des temples et des chapelles à travers tout le pays, Ramesseum,depuis le Delta jusque dans la lointaine Nubie. Des chantiers importants, comme ceux de Memphis, d’Abydos,  de Thèbes, d’Abou Simbel ou d’Ouadi es-Seboua, soulignent le faste d’une Égypte débordante d’activité, où contremaîtres et artisans peuvent exprimer tout leur savoir-faire et initier certaines techniques de construction ou de décoration.

Ces réalisations montrent que Ramsès II, promoteur inspiré et inégalé, avait su s’entourer des élites de son temps. D’autres arts, comme la poésie ou la littérature en général, ne sont pas en reste dans ce que l’on pourrait appeler l’héritage culturel et intellectuel de ce règne, si l’on songe que c’est au cours de ces décennies, que la langue connut aussi une féconde évolution, perceptible en particulier dans la rédaction des recueils classiques, dont le vocabulaire courant s’est considérablement enrichi.

C’est dans une luxuriante résidence du Delta, à Pi-Ramsès, que le souverain vivait entouré d’une famille nombreuse et de loyaux et dévoués fonctionnaires. Père de plus de cent enfants, mis au monde par au moins onze épouses officielles qui se succédèrent durant son règne, Ramsès, le grand soleil d’Égypte, mourut vers l’âge de 90 ans, laissant les destinées du royaume à Merenptah, son treizième fils.

Un pylône et deux obélisques

À Karnak, dans le vaste domaine d’Amon, Ramsès II reprit l’imposant programme mis en œuvre par son père Sethi Ière. Il acheva notamment la construction de la grande salle hypostyle, entre les troisième et deuxième pylônes, et fit sculpter la décoration des parois de la moitié sud. À l’est, réutilisant nombre de matériaux disponibles sur place, le roi fit ériger, face au soleil levant, le « temple d’Amon qui écoute les prières ». Cet édifice était une sorte d’oratoire accessible aux fidèles, dans lequel Ramses II et Amon-Rê, conjuguant leurs efforts pour faire régner la justice, recevaient des témoignages de piété populaire. C’est toutefois à Louxor, toujours sur la rive orientale, que Ramsès II laissa, semble-t-il, une empreinte encore plus significative et durable de son œuvre de bâtisseur : il agrandit le temple d’Amenhotep III et aménagea une cour à portiques scandée de colosses, et un majestueux pylône précédé de deux obélisques, dont celui de l’ouest prit le chemin de la France — selon le vœu de Champollion —, pour être érigé, en 1836, au centre de la place de la Concorde. Sur les murs de la cour comme sur les faces du pylône, le roi fit immortaliser les premiers événements majeurs de son règne comme la célèbre fête d’Opet, à laquelle il assista en compagnie de Nefertari, principale grande épouse royale. Symbolisant le retour annuel de la crue du Nil qui redonnait vie et prospérité à l’Égypte, cette importante liturgie était placée sous l’autorité d’Amon qui, à cette occasion, venait résider quelques semaines dans le temple de Louxor. Toujours en présence de son épouse et de plusieurs de ses enfants, Ramses II se fit également représenter sur le montant intérieur oriental du pylône, présidant à l’érection du mât de Min, dieu générateur, auquel, durant la saison des moissons, était consacré un rituel solennel. Enfin, pour conserver le souvenir de la fameuse bataille de Qadesh, il en fit reproduire les épisodes sur la façade septentrionale de ce majestueux pylône.

Un château de millions d’années

À l’ouest de Thèbes, alors qu’il venait tout juste de présider les funérailles de son vénérable père, Ramses II ordonna de mettre en chantier, entre les temples d’Amenhotep II et de Thoutmosis IV, son « château de millions d’années ». Penrê, puis Amenemin et, tous deux conducteurs de travaux, supervisèrent la construction de cette vaste fondation. Le Ramesseum, ainsi que l’on désigne ce temple depuis Champollion, demeure aujourd’hui encore, malgré sa ruine, parmi les plus prestigieux monuments bâtis durant ce règne. Dans l’Antiquité, on y arrivait par un canal aboutissant à un quai débarcadère. Au fond d’une première cour se dressaient côte-à-côte, dans la moitié sud, deux imposants colosses en granité : celui de Ramsès « Soleil des Princes », qui atteignait presque 18 mètres, et un autre, à l’image de sa mère, Touy, qui ne faisait pas moins de 9 mètres de haut. Débitées, puis abattues semble-t-il à l’époque des vindictes contre les païens, ces deux monumentales statues avaient néanmoins été signalées, au f siècle av. J.-C., par Diodore de Sicile, à qui l’on doit une description du Ramesseum qu’il appelait alors le « tombeau d’Osymandyas ».

Une seconde cour péristyle, bordée de piliers osiriaques et de colonnes, fait suite à la première. Deux statues du roi flanquaient l’escalier axial menant à la grande salle hypostyle. Il ne subsiste plus, de celle de droite, qu’une belle tête gisant au sol, alors que celle de gauche, encore entière au début du xviii siècle, fut brisée par la suite, encourageant Giovanni Belzoni, explorateur italien qui travailla pour le consul britannique, à emporter le buste en 1816, pour enrichir la collection égyptienne du British Muséum. Une large voie processionnelle bordée de sphinx et de chacals avait été établie autour de l’édifice à des fins rituelles, entre les deux murs d’enceinte. Outre sa partie proprement liturgique le temple comprenait un nombre considérable de dépendances. À côté d’immenses magasins voûtés, où étaient stockées toutes sortes de denrées – blé, vin, huile, miel, graisse, pour l’essentiel —, il comptait aussi des ateliers de filage et de tissage, des officines où étaient préparées diverses substances, des cuisines, des boulangeries et des brasseries, un abattoir, un tribunal, une école et une bibliothèque, auxquels venaient s’ajouter un certain nombre de services administratifs relevant du Trésor, que dirigeait, sur place ou par délégation, un surintendant désigné par le roi lui-même.

Si l’on en croit le texte d’un ostracon (tesson de terre cuite inscrit) retrouvé au Ramesseum, le chantier de la tombe de Ramsès II, que supervisa l’influent vizir Paser, dura une douzaine d’années et fut inauguré dès la deuxième année du règne. Située dans la Vallée des Rois, cette vaste sépulture a beaucoup souffert au fil des siècles. De nombreuses pluies torrentielles en ont endommagé l’architecture et d’importants travaux de renforcement furent nécessaires avant de la fouiller.

D’intéressants vestiges furent recueillis au cours de l’exploration des salles, et notamment de nombreux fragments du sarcophage en calcite du pharaon, fracassé par les voleurs lors de la profanation de la tombe. Déjà victime d’une tentative d’effraction en l’an 29 du règne de Ramsès III — soit seulement quelques décennies après l’inhumation de Ramsès II —, elle n’échappa pas au pillage organisé qui frappa, à la fin de l’époque ramesside, l’ensemble des « demeures d’éternité » royales.

Presque en face de son propre tombeau, Ramsès II ordonna l’aménagement d’un gigantesque mausolée souterrain, destiné à sa très nombreuse progéniture masculine. Découvert en 1987 par une mission américaine, ce vaste complexe labyrinthique occupe plus de 1800 mètres carrés avec pas moins de 150 corridors et chambres faisant de cette sépulture collective le plus grand monument funéraire connu à ce jour en Égypte. RamesseumLes vestiges représentent surtout le souverain accompagnant les princes défunts dans l’Autre Monde, où les accueillent génies et divinités. Les reliques exhumées provenant de l’équipement d’éternité de plusieurs fils du roi révèlent tout l’intérêt que la recherche est en droit d’attendre de cette découverte majeure. Dans la Vallée des Rois, Ramsès II commanda aux artisans de Deir el-Medineh la préparation d’au moins 8 tombes, réservées à la gent féminine de sa famille. La première sépulture, apparemment celle de Touy, fut retrouvée en 1971 et a permis de découvrir un magnifique portrait de la reine, conservé au musée de Louxor. On peut penser que le tombeau de Nefertari fut mis en œuvre presque au même moment, et qu’il dut accueillir sa propriétaire vers l’an 26. Cette somptueuse « demeure d’éternité » constitue un jalon incontournable dans l’art officiel et révèle, par son décor raffiné, la formidable maîtrise des artisans de l’époque. Elle est considérée, à juste titre, comme l’une des réalisations les plus remarquables de ce règne exceptionnel.

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